L'instauration du Califat Abbasside
Les Perses supportaient de plus en plus mal la condition inférieure que leur réservait le régime Omeyyade. Le 9 juin 747, Abu Muslim, un esclave affranchi, soulève le Khorassan contre les Omeyyades. Il s'agit de renverser le régime impie et de soutenir la cause de la famille du Prophète, et en particulier les Abbassides, qui descendent d'Al-'Abbas, un oncle de Mahomet. La boule de neige se transforme en avalanche, rassemble tous les mécontents du régime (qu'ils soient Perses ou Arabes), et écrase tout sur son passage. Si bien qu'en 749, le chef de la secte Abbasside, Abu'l-Abbas, est proclamé Calife sous le nom d'Al-Saffah (le sanguinaire).
Beaucoup d'historiens ont vu dans cette révolution l'expression d'un nationalisme Perse renaissant, et désireux de renverser la domination Arabe et d'instaurer un nouvel Empire Perse sous couvert d'un Islam iranisé. Actuellement, on soutient plitôt la thèse suivante: le mouvement aurait été dirigé non par les Perses contre les Arabes, mais plutôt par l'ensemble de la communauté musulmane contre l'hégémonie syrienne corollaire du régime Omeyyade.
A la mort d'Al-Saffah, en 754, son frère Al Mansour (754-775) lui succède. Son règne, brillant, consacrera la grandeur de l'Empire Abbasside. Entre deux guerres victorieuses, celui-ci construit tout un appareil d'Etat, élaborant toutes les institutions juridiques et administratives nécessaires. Les Perses s'installèrent aux plus hauts postes de ces institutions, ce qui permit une renaissance de la culture Persane, et en particulier Sassanide. On créa également une armée régulière, ce qui permit au Calife de s'affranchir du bon vouloir des chefs de tribus.
Les règnes d'Harun al-Rachid (786-809) et d'al-Mamun (813-833) furent également brillants, et renforcèrent encore, si besoin était, l'Empire Abbasside.
Sur le plan politque, il se passe donc tout un tas de choses extraordinaires. Pour commencer, toutes les sectes dissidentes sont tolérées. Puis, le centre de l'Empire se déplace de Syrie en Iraq où ils fondent Bagdad.
L'Empire n'est n'est plus une union des tribus arabes, mais une autocratie de Droit Divin. Le Khalife est Ombre de Dieu sur Terre...Le Khalife était de la famille du prophète, et avait pouvoir absolu, mais il déléguait la gestion courante des affaites à son Grand Vizir. Cette charge était devenue héréditaire dans le chef de la famille persane des Barmakides, jusqu'à leur renversement par Harun-Al-Rachid en 803. Quant à l'administration des provinces, elle est déléguée aux Emirs (gouverneurs généraux).
Diverses révoltes sociales éclatent alors dans l'Empire au IXe siècle. Ainsi nait le mouvement des Ismaeliens, secte chi'ite qui suit aveuglément l'Imam, descendant de Ali. Ils préconisent entre autres la communauté des biens et des femmes. Il y a des sous-sectes Ismaeliennes, notemment les qarmates, qui s'emparent du Bahrein et y fondent une république oligarchique. D'autres Ismaeliens occupent le Yemen en 901 (et ils le contrôlent toujours) et envoient des missions partout. Ils parviennent ainsi à contrôler le Maghreb et à y fonder l'Empire Fatimide.
L'Empire Abbaside se disloque. La Perse Orientale est, depuis 820, sous contrôle des descendants du général Perse Tahir. C'est le Royaume Tahiride. D'ailleurs, la Perse ,principal constituant non-arabe de l'Empire, ne tarde pas à faire entièrement sécession. Il se crée 2 autres royaumes indépendants : les Saffarides (866-900) et les Samanides (819-999). Des tribus arabes aussi prennent le large et il se crée le Royaume bédouin des Hamdanides. Une autre dynastie persane, les Buwayhides, met Bagdad à sac et contraint le Khalife à s'enfuir. A partir de la moitié du IXe siècle, donc, les Califes Abbassides perdent toute autorité et sont soumis à leurs Grands Vizirs, dont la nomination résulte des guerres entre les différents constituants de l'Empire. Pour s'y retrouver, voici une carte de l'Empire après ces différentes scissions:

Il s'agit de la première dynastie vraiment Perse à reprendre le pouvoir après la conquête Arabe. En 819, le Calife al-Mamun (813-833) avait récompensé les quatre petits-fils du perse Saman-Khoda (Nuh, Ahmad, Yahya et Elyas) et pour leurs bons et loyaux services en leur attribuant à chacun une province. Ismail I (892-907), le fils d'Ahmad, prit rapidement le contrôle de la Transoxiane et du Khorassan et s'y installa comme gouverneur semi-indépendant, choisissant Bukhara comme capitale. En 900, au nom du Calife, il vainquit le Saffaride 'Amr ebn Leys qui voulait envahir sa province. Par la suite, jusqu'en l'an 1005, les Samanides restèrent maîtres de leurs territoires.
Sous la pression des tribus turques d'Asie Centrale, Nuh II (976-997) dut nommer Sebuktigin au poste de gouverneur indépendant de Ghazna, et son frère Mahmud comme gouverneur du Khorassan. Les Turcs Qarakhanides s'allièrent alors avec Mahmud. Ismail II, le dernier Samanide, lutta cinq années durant contre ces alliés mais il se fit assassiner en 1005.
Ya'qub ebn Leys as-Saffar, le fondateur de cette dynastie, prit le contrôle du Sistan, sa province natale, en 866. Trois ans plus tard, il contrôle un vaste empire qui comprend le nord de l'Inde, le Belouchistan, le sud de l'Afghanistan, la province de Kerman, et le Fars. Il renverse les Tahirides et prend le contrôle du Khorassan en 873. L'Empire Saffaride est alors à son apogée. En 876, Ya'qub essaya de marcher sur Bagdad, pour renverser le Calife al-Mu'tamid at Dayr al-'Aqul, mais fut défait par l'armée abbasside.
Le Calife reconnut au frère et successeur de Ya'qub, 'Amr ebn Leys, la souveraineté sur le Khorassan, la province d'Ispahan, le Fars, et le Sistan. Ce dernier essaya alors de prendre la Transoxiane aux Samanides, mais fut défait par Isma'il I en 900.
Par la suite, les Saffarides parvinrent - malgré les invasions - à se maintenir au pouvoir dans le Sistan jusqu'au XVIe siècle.
Cette dynastie vient du nord de l'Iran. Elle fut fondée par les trois fils de Buyeh: 'Ali, Hasan et Ahmad. Vers 935, 'Ali s'empara d'Ispahan et du Fars tandis que Hasan et Ahmad mirent la main sur le Khuzestan et la province de Kerman. Les trois frères coalisèrent alors leurs forces pour occuper Bagdad en 945. L'Empire fut, par la suite, fragmenté entre les membres de la famille. Néanmoins, Adud ad-Dawlah (949-983) parvint à réunifier le tout et même à un peu agrandir son territoire. Sous son règne, on construisit des hopitaux et des barrages, on noua des relations diplomatiques avec les Samanides, les Hamanides, les Fatimides et l'Empire Byzantin. Cet Empereur donna au régime Buwayhide un caractère profondément Perse et chi'ite, encourageant notamment les pélérinages à Najaf et Karbala.
Après la mort de ce souverain éclairé, l'Empire souffrit fort de ses divisions. Ce qui n'empêcha cependant pas le poète Ferdowsi d'écrire son Shahnameh (Livre des Rois), poème épique racontant l'épopée des Sassanides.
En 1055, le Seljoukide Toghril Beg déposa le dernier souverain Buwayhide, Abu Nasr al-Malik ar-Rahim, mettant ainsi fin à ce qu'il est convenu d'apperler "Intermède Iranien".
Les Seldjoukides maintiendront les Khalifes en place, mais leur pouvoir sera maintenant strictement théorique. Ce sont ces mêmes Seldjoukides contre qui les premières croisades seront dirigées. Ils seront, eux et le Khalife, renversés par les hordes mongoles en 1258.