La Renaissance Séfévide


I. Les origines

II. Le règne de Shah Ismail I (1502-1524)

III. Les successeurs de Shah Ismail I (1524-1588)

IV. Le règne de Shah Abbas I le Grand (1588-1629)

V. Les successeurs de Shah Abbas I (1629-1722)


 

I. LES ORIGINES DE LA DYNASTIE SEFEVIDE

A. La version légendaire

L'origine des Séfévides n'est pas très bien connue. Eux-mêmes se revendiquaient du côté paternel seyyed-e-hoseyni (descendants du prophète), via ali ibn abi talib, cousin et gendre du Prophète. Du côté maternel, ils se placent dans la continuité de la Perse antique : ils seraient descendants de Yazgard III, dernier roi Sassanide (632-651), dont la fille Chahr Banu aurait épousé l'Imam Husayn (cette croyance très vivace est loin d'être prouvée).

B. Ce qu'on sait

La véritable histoire des Séfévides commence avec Cheikh Safi al-Din Ardabili (1252-1334), qui fut un chef spirituel (Cheikh) très vénéré de la région d'Ardabil, en Azerbaijan. Son arrière petit-fils, Haydar, épousa la fille du Shah Uzun Hasan Akkoyunlu (1441-1478), qui lui donnera en 1487 un fils Ismail, destiné à devenir le premier roi Sefevide.

C. L'accession au Trône

Inquiets de la puissance et de la popularité montante des descendants de Cheikh Safi al-Dinh, les souverains Akkoyunlu. En exil, ils recrutent des partisans, les Kizil Bach (têtes rouges), en fait des guerriers Turcomans. Au printemps 1501, Ismail revient en force à la tête de son armée turcomane, défait les forces du dernier souverain Akkoyunlu, et se fait couronner Shah à Tabriz.


II. LE REGNE DE ISMAIL I SHAH (1502-1524)

A. La conversion au Chi'isme

Son premier acte royal fut de déclarer le Chi'isme religion d'Etat. Cette décision marque la séparation définitive de la Perse avec le monde Arabe et l'Empire Ottoman naissant, tous deux sunnites. On estime que c'est une des raisons pour lesquelles les Ottomans ne se sont jamais trop intéressés à la conquête de la Perse (le Chi'isme ayant exacerbé le sentiment nationaliste Perse - encore aujourd'hui). De plus, cette conversion au Chi'isme leur conférait une légitimité supplémentaire, eux qui voulaient se faire passer pour descendants des imams chi'ites brîmés par les méchants khalifes sunnites.

Conséquence inattendue : la fuite de milliers d'intellectuels sunnites, qui est à l'origine du rayonnement de la langue persane en Inde. Néanmoins, cet exode, privant le pays de son intelligentsia, a causé une grande crise interne.

B. Les conquêtes

Pendant les 10 premières années de son règne, Shah Ismail I conquit l'entièreté de l'antique Perse :
o 1503 : Iran central
o 1504 : provinces du sud de la Caspienne
o 1505-1508 : conquête de l'Irak actuel
o 1510 : conquête du Khorassan, que les Ouzbeks venaient de reprendre aux derniers Timurides.

Tout cela n'enchante vraiment pas l'Empire Ottoman, déjà menacé à l'est par les forces chrétiennes. Le Sultan Selim I décida donc de marcher sur la Perse. Le 23 août 1514 a lieu la Bataille de Tchaldiran : les turcs écrasent - grâce à leur artillerie lourde - l'armée Séfévide. Mais les Ottomans dûrent s'arrêter là : le froid de l'Azerbaijan les força à retourner en des lieux plus cléments, et ils abandonnèrent d'ailleurs leur artillerie à Tabriz.

III. LES SUCCESSEURS DE SHAH ISMAIL I (1524-1588)

Les successeurs d'Ismail I, Tahmasp I (1524-1576), Ismail II (1576-1578), et Muhammad Khodadanba (1578-1588), se montrèrent incompétents. La position du gouvernement en Perse, et de la Perse en générale, sortit affaiblie de leurs règnes. De fait, la perse était plus dirigée par les émirs (généraux) turcmènes, divisés en factions rivales, que par le Shah. De la sorte, l'intégrité territoriale de la Perse avait été fortement mise à mal, à l'ouest par les Ottomans et au nord-est par les Ouzbeks.

IV. LE REGNE DE SHAH ABBAS I LE GRAND (1588-1629)

A. La restauration du pouvoir central et de l'intégrité territoriale (1588-1602)

Lorsqu'il monta sur le trône, Shah Abbas I réalisa que la situation n'était plus tenable. Dans l'immédiat, il fallait d'une part restaurer le pouvoir de la monarchie et d'autre part chasser Turcs et Ouzbeks du territoire de la Perse. Réalisant que ses moyens militaires n'étaient pas à la hauteur de ses ambitions, il commença par signer un traité de pais, défavorable pour lui, avec les Ottomans. Il put, de la sorte, rassembler l'entièreté de ses forces pour combattre les Ouzbeks (il faudra encore 10 ans avant qu'une campagne n'aie lieu). Mais alors, les Moghols (dynastie au pouvoir dans le nord de l'Inde), se mirent aussi à faire des incursions en territoire Perse...

Shah Abbas I eut alors l'idée - géniale pour l'époque - de bâtir une armée régulière: auparavant, il fallait lever des troupes dans les différentes tribus et rétribuer en conséquence les chefs de tribus (afin de s'assurer leur pleine et entière collaboration). Pour financer ce projet, il ramena les provinces qui étaient aux mains des Quizilbash sous son contrôle direct et y préleva des taxes. Cette solution de court terme entraîna cependant un affaiblissement global de la puissance militaire de la Perse, vu la diminution du nombre de guerriers Quizilbash.

A la tête de sa nouvelle armée, il infligea une sévère défaite aux Ouzbeks en 1598, et il reprit ainsi le Khorassan. A partir de 1602, il se lanca dans une série de campagnes contre les Ottomans, qui lui permit de récupérer l'entièreté du territoire perdu lors de la signature du traité de paix, en 1588.

La carte de l'Empire Safavide se dresse alors comme suit (les zones en jaune correspondent au territoire des Safavides) :

B. Réalisations intérieures.

Après ses succès militaires, Shah Abbas I transféra sa capitale à Ispahan, qu'il transforma en une des plus belles villes du monde: il y fit construire quantité de mosquées, d'écoles religieuses, de caravanserails et de bains publics.

L'entree d'une mosquée du XVII e siècle à Ispahan

Mais il n'oublia pas non plus le reste du pays, faisant restaurer le sanctuaire de Mashad et construire des routes dans le Mazanderan.

Ispahan se mit alors à abriter nombre d'ambassades Européennes, de marchands, d'ordres religieux étrangers (Shah Abbas I se montra très tolérant sur le plan religieux). Le règne de Shah Abbas I fut donc marqué par d'intenses activités diplomatiques et commerciales, surtout avec l'Angleterre, le Portugal et la Hollande.

Shah Abbas I encouragea également la création artistique et la fabrication de tapis devint une industrie majeure. Ci-dessous, un tapis du XVIIe siècle :

Sous Shah Abbas I, le rôle de la Perse dans la culture et la commerce de la soie devint également considérable. On estime la production annuelle persane au XVIIe siècle entre 2.800 et 9000 bâles. Il faut savoir que la soie était la plus grande ressource persane à l'époque. Pour l'Europe, ce "boom" de la soie persane tombait bien à point, car la production locale était insuffisante, et il n'y avait pas encore de colonies en Asie qui puisse garantir l'approvisionnement.

Shah Abbas I était également épris de justice, et s'intéressait de près à la vie de ses sujets. Ainsi, il lui arrivait souvent de fréquenter les lieux de rencontres des gens, pour y entendre l'un ou l'autre cas de corruption, d'abus de pouvoir...

Cependant, Shah Abbas I avait très peur de se faire assassiner, surtout par sa famille. Ceci le conduisit à faire assassiner un de ses fils, et à en faire aveugler deux. De même, son père et ses frères furent tous aveuglés et emprisonnés. A la mort de Shah Abbas I, en 1629, il n'y avait donc plus personne de valable pour lui succéder.

V. LES SUCCESSEURS DE SHAH ABBAS I LE GRAND (1629-1722)

Après la mort de Shah Abbas I, l'Empire Perse connut un long déclin pendant plus d'un siècle. Il faut, toutefois, noter le brillant règne de Shah Abbas II (1642-1666), au milieu de cette période. En 1722, l'Empire était tellement affaibli qu'il tomba sous les coups d'un chef de guerre Afghan, Mahmoud. On rétablit encore un Safavide, Tahmasp III, sur le trône, mais les luttes entre factions rivales allaient bientôt mettre un terme définitif au règne des Safavides.