ABBAS MIRZA

 


 

 

 

Agha Muhammad Shah, pour bâtir sa dynastie, avait eu besoin d'unir sa branche de la famille, les Bergers (Qoyunlu), à celle des Chameliers (Dehehlu). Pour cela, il avait marié son neuveu et héritier désigné, Faht Ali Shah à Assieh, la fille du Khan des Chameliers. En 1789 nait un fils de cette union: Abbas Mirza. Agha Muhammad Shah - avant même d'être couronné - le nomma héritier de son héritier. [arbre généalogique]

Abbas Mirza était atteint d'une maladie héréditaire, la tuberculose des os, dont les premiers signes se manifestèrent dès sa plus tendre enfance. Loin de se laisser aller, le jeune Abbas Mirza utilise toute la force de sa volonté pour surmonter son handicap physique; rapidement, il devient un chasseur hors-pair et un excellent cavalier. Au grand dam de son frère aîné, Mohammad Ali Mirza, qui voudrait bien hériter du trône mais ne le peut, n'étant pas né de mère Kadjare.

En 1799, Faht Ali Shah - qui vient d'accéder au trône, confirme Abbas Mirza au rang de Prince Héritier. Un peu plus tard, Hosein Ali Mirza - frère cadet d'Abbas Mirza - est nommé gouverneur du Fars et reçoit le titre de "Farman-Farma".

En 1803, on marie Abbas Mirza à sa cousine Assieh, la petite-fille du Khan des Chameliers. De cette union naîtra Mohammad Mirza, le Prince Héritier, en 1808.

Quelques mois plus tard, la Russie envoie le général Sissianov reconquérir la Géorgie, l'Azerbaijan, et le Kharabagh - qu'Agha Muhammad Shah avait annexés quelques années auparavant. Abbas Mirza est envoyé dans la région pour repousser les forces du Tsar. La guerre durera 10 ans, pendant lesquels Abbas Mirza pourra se forger une solide expérience militaire. Il s'y forgera le surnom de "Prince Vaillant", toujours au-devant de ses troupes, rechargeant lui-même les canons lorsque les artificiers sont débordés ou pas assez rapides,...Il se formera vite au contact des généraux francais. Il comprendra, entre autres, immédiatement la nécessité de moderniser son armée: la guerre moderne n'exige plus seulement d'avoir les soldats les plus valeureux ou les plus nombreux...surtout quand on prétend repousser l'armée du Tsar.

Pendant cette guerre, Abbas Mirza nouera une indéfectible amitié avec les princes de Géorgie, Alexandre et Teymouraz Bagration, hostiles au parti pro-russe. Il faut dire que le géréral Sissianov, aux commandes de l'armée russe, a fait exiler leur mère et emprisonner la princesse Kétévane.

Au milieu des hostilités, Abbas Mirza est nommé gouverneur d'Azerbaijan et s'installe dans sa capitale de Tabriz. Il y accomplira un travail remarquable, et rendra à la ville sa grandeur passée. Il s'y entourera d'une cour cosmopolite et ne manquera pas d'y inviter les ambassadeurs étrangers de passage en Perse. Esprit ouvert, il se construira un musée de la civilisation occidentale, et en vient à apprendre le français - puisque l'heure est à l'alliance avec Napoléon contre la Russie.

Malheureusement, Abbas Mirza n'aura jamais la totalité des moyens financiers nécessaires à la réalisation de ses projets de modernisation. Faht Ali Shah ne lui accordera jamais le budget requis et la guerre - que le Prince doit principalement financer sur ses propres deniers - s'avèrera ruineuse.

Cette guerre de 10 ans s'achèvera par le désastreux Traité du Golestan (1812), par lequel la Perse perd pratiquement toute la région située au nord de l'Araxe. La famille royale de Géorgie profite de la confusion pour s'échapper et demander l'asile à Abbas Mirza. Ce dernier tombe instantanément amoureux de la Princesse Kétévane.

Mais ils ne pourront jamais se marier. Pour imposer ses volontés de réforme et de modernisation à son peuple, aux mains des religieux conservateurs, le Prince devra renoncer à l'idée d'épouser une étrangère, et en plus chrétienne...

Il faut dire que le Prince Abbas Mirza frappe fort: il fait importer des machines "industrielles" d'Europe, instaure le premier service de poste régulier en Perse, s'attaque à une longue tradition de vénalité des charges, combat la corruption, et surtout fait dresser un cadastre des domaines publics...et privés ! Toutes ces innovations coûtent cher, et doivent être financées par les impôts. Bref, Abbas Mirza s'attire l'inimitié des religieux conservateurs, des notables et des privilégiés...En récompense, Tabriz devient une vitrine de la Perse pour l'occident, et les ambassadeurs étrangers ne manquent pas d'y rendre visite.

Abbas Mirza redoublera encore d'efforts après que le Docteur Cormick lui ait appris qu'il souffrait d'une tuberculose des os, maladie incurable qui le condamne à terme. Si peu de temps, et tant à accomplir...

Pour l'heure, c'est une nouvelle guerre contre la Russie qui vient d'éclater. Poussé par les fanatiques religieux, Faht Ali Shah ordonne à son fils d'aller récupérer les territoires perdus en 1812. Mais les généraux adverses, Madadov et Paskievitch, sont de fins stratèges et disposent d'une armée moderne, professionnelle, et bien entraînée...comme celle qu'Abbas Mirza aurait pu construire si on lui avait laissé le temps. La guerre est un désastre et se termine par le Traité de Turkomanchay (1828), qui impose de lourds dédits à la Perse.

Entre temps, la maladie a progressé et Abbas Mirza pressent qu'il pourrait s'éteindre avant son père. Il faut donc rectifier l'éducation de son héritier, Mohammad Mirza, soumis à l'influence d'un précepteur bigot, Haji Mirza Aghassi. Pour ce faire, on marie le Prince Héritier à une femme de caractère, sa cousine Malekeye Djahan, la petite-fille de l'oncle maternel d'Agha Muhammad Shah.

Au début des années 1830, Abbas Mirza rassemble ses troupes et s'en va mater ses frères indisciplinés. Puis, il s'en va préparer un dernier haut fait d'armes: la conquête de l'Afghanistan, et surtout la prise d'Hérat. Malheureusement, il n'aura pas le temps d'accomplir cela: il meurt en 1833, pendant les préparatifs du siège d'Hérat...