![]() |
|
Après la mort d'Agha Muhammad Shah, son neuveu et héritier désigné Faht Ali Shah fut intronisé le 21 mars 1798.
Le problème Afghan et le traité avec l'Angleterre (1801)
La disgrâce d'Haji Ebrahim Khan (1801)
La première guerre contre la Russie et le Traité du Golestan (1803-1813)
Les relations avec l'Empire Français (1806-1809)
La période de reconstruction (1813 - 1824)
La deuxième guerre contre la Russie et le Traité de Torkmanchai (1826-1828)
L'assassinat de l'ambassadeur de Russie (1829)
Le décès du Prince Héritier Abbas Mirza (1833)
Mohammad Mirza, le nouveau Prince Héritier
Donc, fin mars 1798, Faht Ali Shah - neuveu et fils adoptif d'Agha Muhammad Shah - est couronné. Pourtant, dè l'été, son frère Hosein Qoli Khan entre en rébellion. Nommé gouverneur du Fars en septembre 1797 , il commenca bien vite à se montrer tyrannique, imposant lourdement les gouverneurs locaux. Puis, il fit emprisonner tous les personnages influents qui auraient pu lui barrer la route. Finalement, il entra en rébellion ouverte à la mi-juillet 1798. Faht Ali Shah, entendant cela, fit un grand bond sur son trône et s'an alla raisonner son frère. La Reine Mère intervint alors, persuadant le Shah que son frère ne cherchait qu'à accroître ses recettes fiscales, et qu'en fusionnant les provinces du Fars et de Kerman, le problème s'arragnerait. Le Shah respecta la volonté de sa mère, et fusionna donc les provinces. Mais Hosein Qoli Khan fit savoir à son frère qu'il en voulait bien plus. Faht Ali Shah réalisa alors que seule la force pourrait arranger le problème; il rassembla plusieurs milliers de soldats et s'en alla livrer bataille. Mais, alors que tout le monde était prêt à en découdre, Hosein Qoli Khan s'avanca au milieu du champ de bataille, les larmes aux yeux, et demanda pardon au Shah, son frère. Ce dernier le prit par la main, le consola, et l'emmena faire la fête.
Cependant, en 1801, Hosein Qoli Khan récidive: il s'empare d'Ispahan, fait battre sa propre monnaie et s'adjoint un Grand Vizir. Entendant cela, le Shah bondit à nouveau de son trône, et se précipite à Ispahan. Son frère s'enfuit alors d'Ispahan, pour chercher refuge dans la ville sainte de Qom, où il est vite rejoint par Faht Ali Shah. A nouveau, le pardon est imploré, la Reine Mère intercède, et les deux frères s'embrassent. Hosein Qoli Khan reçoit alors la suzeraineté sur le district de Qom. Mais, quelques mois plus tard, les habitants de Qom se plaignent de mauvais traitements: le Shah envoie son frère au milieu de nulle part...Un an plus tard, la Reine Mère décède et le Shah, qui commence vraiment à être excédé, fait aveugler son frère, lequel mourra l'année suivante.
Un an jour pour jour après son intonisation, Faht Ali Shah nomma son fils Abbas Mirza au rang de Prince Héritier, respectant ainsi les dernières volontés d'Agha Muhammad Shah. [arbre généalogique]. Puis il s'en alla soumettre le Khorassan, à nouveau tombé dans les mains de Nader, le fils de Shahrock Shah Afshar. Le Khorassan tombe, mais Nader obtient le pardon du Shah et peut rester gouverneur de Mashad.
Ceci fait, le Shah nomma Hosein Ali Mirza, son autre fils, au rang de gouverneur du Fars et lui accorda le titre de "Farman-Farma". Les descendants de Farman-Farma forment aujourd'hui une branche importante de la famille Kadjare, connue sous le nom de Farma-Farmaian.
Zaman Shah, le roi d'Afghanistan, n'avait pas du tout apprécié la reconquête du Khorassan par Agha Muhammad Shah: il considérait cette province comme son protectorat, et le fit savoir de manière très officielle. Faht Ali Shah répondit que ce n'est pas grave, puisqu'il se préparait à envahir l'Afghanistan. Sur ce, il renvoya son armée dans le Khorassan par un beau jour de printemps 1800, histoire d'y mater quelques gouverneurs encore rebelles, et de prendre Mashad - toujours au mains de Nader. Les habitants de la ville envoient une délégation au Shah, lui demandant d'attendre: ils sont très malheureux du traitement que Nader leur réserve, et ils ont fait appel à Zaman Shah, qui est en train d'essayer de négocier son départ. Le Shah s'en va, mais laisse le siège autour de Mashad. Arrive alors Sir John Malcolm, ambassadeur d'Angleterre. Il faut en effet voir que les Afghans constituent une menace pour les colonies en Inde, d'une part, et que la France, avec l'arrivée de Napoléon, commence à agacer les Anglais. Le 28 janvier 1801, un traité est conclu entre le gouvernement de Sa Gracieuse Majesté et l'Empire Perse, qui stipule que:
La disgrâce d'Haji Ebrahim Khan
Rappelons qu'Haji Ebrahim avait joué un rôle majeur dans l'accession d'Agha Muhammad Shah au trône. Grand Vizir de Loft Ali Khan Zend, il avait été nommé maire de Chiraz en 1790, pendant la guerre entre Muhammad Agha Khan Kadjar et Loft Ali Khan Zend; il avait alors livré la ville aux Kadjars et mené une politique très ferme contre les tentatives de reconquête de Loft Ali Khan. Muhammad Agha Khan l'en avait remercié en le nommant gouverneur du Fars en 1792, puis avait été promu Etemad od-Doulah et Grand Vizir de Faht Ali Khan lorsque celui-ci fut nommé gouverneur du Fars, en 1794. Finalement, il avait joué un rôle majeur pour que Faht Ali Khan puisse hériter du trône, conformément aux volontés de Muhammad Agha Shah.
Comment un tel personnage a-t-il pu tomber en disgrâce ? En fait, il semble que sa position aie suscité beaucoup de jalousies. On l'accusa, lettres à l'appui, d'une part de corruption, et d'autre part d'ourdir un complot contre le Shah. Comme la famille d'Haji Ebrahim Khan occupait toute une série de postes-clefs, Faht Ali Shah prit la menace très au sérieux. En outre, il s'avère que le souverain n'aimait pas trop Haji Ebrahim. Au terme d'un rapide procès, il lui fit donc enlever les yeux et couper la langue. En outre, Haji Ebrahim et sa famille furent assignés à résidence, et plus tard assassinés.
En 1802, toujours pour suivre les dernières volontés d'Agha Muhammad Shah, le Prince Héritier Abbas Mirza est marié à la Princesse Assieh Kadjar, la fille de Mohammad Mirza Khan-e Kadjar (du clan des Chameliers).
Mais le Khorassan continue à poser problème: c'est maintenant une tribu turcmène qui sème la pagaille ! Donc, pendant l'été 1802, Faht Ali Shah s'en va punir la tribu en question. Mashad est aux abois, le siège devient intenable, et les habitants rendent la ville aux forces du Shah. Nader est capturé et exécuté avec certains de ses frères, les autres étant aveuglés.
L'invasion russe et le Traité du Golestan
Un beau jour de 1803, l'Empereur de Russie décide d'envahir l'Azerbaijan, l'Arménie et le Kharabagh [carte]. Il envoie le général Sissianov à Tiflis, avec une puissante armée. Le 14 janvier 1804, il prend Ganja, ordonnant un massacre général. Javad Khan-e Kadjar, gouverneur de la ville, est tué dans la bataille. Puis ce fut au tour d'Erevan, gouvernée par Mohammad Khan-e Kadjar. Cette fois, la ville se rendit sans combattre.
Entendant cela, le Shah envoie Abbas Mirza, le Prince Héritier, casser la figure aux russes. Le printemps 1804 verra beaucoup de batailles entre Sissianov et Abbas Mirza, mais aucune victoire décisive. Faht Ali Shah rassemble alors l'entièreté de son armée et fonce en Azerbaijan, prêter main forte à son fils. Erevan est reprise au mois d'avril, et Sissianov est encerclé dans une fort belle manoeuvre. le général essaie de briser le siège, mais son armée - prise en tenaille - est massacrée: 4000 soldats russes seront tués ou faits prisonniers dans la bataille. En aout, Sissianov essaie de se replier sur Tiflis, mais il est poursuivi par Mohamad Hosein Khan-e Kadjar qui, très énervé, massacre tout ce qui se trouve sur son chemin. Comme l'hiver approche, le Shah rentre à Téhéran et fait fabriquer une centaine de pièces d'artillerie...
Au printemps 1805, le Shah retourne en Azerbaijan avec une armée flambant neuve. Abbas Mirza, aujourd'hui un héros national en Iran, remporte alors victoire sur victoire. Les russes tentent alors une autre stratégie: ils ont envoyé une flotte à travers la Mer Caspienne, qui débarqua au port de Bandar Enzeli. Heureusement, Mirza Musa, astrologue en chef et gouverneur du Guilan, les a rejeté à la mer. De sorte que le Shah, prenant la menace au sérieux, décide de se replier avec le gros des troupes et de s'installer pas trop loin de la côte. En février 1806, il est soulagé: on lui apporte la tête et les mains de Sissianov !
On raconte, sur la chute de Sissianov, l'histoire suivante:
|
Un jour, des courtisans se plaignaient de Sissianov devant Haji Mirza Mohammad-e Akhbari-ye Nichapuri, un théologien réputé et versé dans les sciences occultes. Ils lui demandent alors s'il pourrait faire quelque chose contre le général russe... Le théologien parie alors sa propre tête que, d'ici 40 jours, la tête de Sissianov sera livrée au Shah. Le souverain accepte... Alors, le théologien part en hermitage au sanctuaire de Shah Abd ol-Azim, et y dessine un portrait de Sissianov. Il s'installe en face et commence à réciter des prières...Plus tard, on le vit s'entourer d'une corde, qu'il avait fixée aux deux extrémités du dessin: il fixait l'homme sur le dessin, et murmurait un flot ininterrompu de paroles. Il etait si concentré que ses yeux étaient injectés de sang. Il ne percevait lus les allées et venues autour de lui... Lorsque le terme fut proche, il sortit un couteau et l'enfonca dans la poitrine de l'homme représenté sur le dessin. Il dit alors "Sissianov est mort maintenant". Le quarantième jour, le Shah envoya un message signalant que le temps est écoulé. Le théologien lui répond qu'on lui livrera la tête de Sissianov avant la nuit. A l'heure de la prière du soir, rien ne s'était encore passé: le théologien protesta alors que ce n'était pas sa faute si le messager avait du retard. De fait, une heure plus tard, la tête de Sissianov arriva...
|
Apprenant la mort de Sissianov, le Tsar Alexandre I envoie immédiatement le Comte Gudovic - homme âgé et expérimenté - pour le remplacer. Comme la Russie était également en mauvais termes avec l'Empire Ottoman, Gudovic décide d'ouvrir des négociations de paix avec la Perse et va trouver Faht Ali Shah. Ce dernier lui répond qu'il n'a aucune objection contre un accord entre les deux empires, mais qu'il n'y aura aucune paix possible tant qu'une partie du territoire de la Perse sera aux mains de l'Empire Russe.
Ensuite, l'ambassadeur de France à Téhéran, Gardanne, intercèdera pour négocier la paix. Il venait de recevoir le message suivant du Comte Gudovic: "Comme l'Empereur de France et l'Empereur de Russie sont en train de négocier un traité de paix [le Traité de Tilsit, 1807 ], j'ai écrit à Napoléon pour lui dire de persuader l'Empereur de Russie de rendre Tiflis, l'Arménie et l'Azerbaijan à la Perse. Je suis persuadé que des ordres dans ce sens vont arriver très vite." Gardanne tenta alors de négocier une paix où les deux parties rentreraient chacune chez elles, et où le premier qui lancerait une attaque serait tenu pour responsable du déclenchement de la guerre.
Après la signature du Traité de Tilsit (1807) entre la France et la Russie, Alexandre I décida d' occuper Erevan, jusqu'à la restitution des possessions russes an Azerbaijan et au Karabagh. Le Comte Gudovic était parti sur l'heure, avant que Gardanne ne puisse l'arrêter. Mais il ne parvint pas à prendre Erevan, et laissa 3000 morts russes sur le champ de bataille.
Suite à cela, on apprit que Napoléon n'avait pas soufflé un mot de la Perse lors de ses négociations avec Alexandre I. Le Shah fut très mécontent d'apprendra cela, et décida donc de renforcer ses relations avec l'Angleterre. Sir John Malcolm, l'artisan du premier traité d'amitié avec la Perse, ne se fit pas prier pour demander à voir le Shah. Mais on le renvoya en Inde, puisque l'Angleterre avait déjà nommé Sir Harford Jones au poste d'ambassadeur de Sa Gracieuse Majesté près le Shah de Perse. Néanmoins, à l'idée de voir se renforcer l'amitié anglo-persanne, Gardanne redoubla d'efforts pour obtenir le départ des troupes russes d'Azerbaijan, mais sans succès. Il repartit donc dare-dare à Paris, tandis qu'on escortait Sir Harford Jones à Téhéran avec tous les honneurs. Il en découla, le 12 mars 1809, un traité de coopération et d'assistance réciproque entre les deux gouvernements.
En outre, le gouvernement anglais avait décidé de mettre à disposition du Shah la somme de 120000 tomans, à titre de subside pour la guerre, qui devait être prise sur le compte de la Compagnie des Indes. Mais le Gouverneur Général des Indes avait refusé de libérer l'argent. Sur les conseils de Sir Harford Jones, le Shah envoya donc Haji Mirza Abu'l Hasan Khan comme ambassadeur à Londres afin d'apprendre les raisons de cette trahison.
Mais déjà, l'Empereur Alexandre I avait limogé le Comte Gudovic et l'avait fait remplacer par Tormasov. Pour galvaniser ses troupes, le Shah fit en sorte qu'une Fatwa soit délivrée selon laquelle la guerre contre la Russie était une guerre sainte ( jihad ), et qu'il était du devoir de tout musulman de faire de son mieux pour expluser l'envahisseur. Ensuite, il fit rassembler toute l'armée à Soltanya et marcha sur l'Azerbaijan.
Mais Tormasov fit parvenir le message suivant: "Au cas où vous renonceriez aux territoires perses qui sont à présent en possession de la Russie, les provinces d'Enzerun, de Bagdad, et différents territoires frontaliers Ottomans pourraient être occupés à la place par les forces combinées de nos deux empires, et ajoutés à l'Empire Perse. Si un ambassadeur était envoyé au Tsar, nous pourrions conclure un traité de paix". Le Shah se replia alors sur Téhéran.
En mars 1810, Tormasov réitéra son offre et demanda à rencontrer un haut responsable Perse afin de conclure un traité de paix. On lui envoya Mirza Bozorg, qui revint sans rien avoir signé, mais convaincu que Tormasov était en train d'ourdir une machination.
L'année 1811 voit l'arrivée en Iran d'un nouvel ambassadeur anglais, Sir Gore Ousseley. Sa mission est double: modifier les termes du traité de 1809 dans un sens plus favorable à son pays, et préparer la paix entre la Perse et la Russie - puisque l'Angleterre s'apprêtait à signer un traité de paix avec la Russie. Faht Ali Shah a, lui aussi, envie d'arrêter les hostilités; mais Abbas Mirza, le Prince Héritier, s'est épris de la cause géorgienne, et c'est donc lui qu'il faudra convaincre.
A peine l'ambassadeur est-il arrivé en Azerbaijan, que les russes - menés par le général Kotlérovski - attaquent par surprise le camp d'Abbas Mirza à Aslandouz, et lui infligent de lourdes pertes. Le Prince ne renconcera pas pour autant, remportant quelques succès au printemps 1813. Mais certains chefs tribaux se révoltent et se lancent dans des campagnes de pillages...C'en est trop: le désastreux Traité du Golestan est signé le 21 octobre 1813, et laisse aux russes toute la rive septentrionale de l'Araxe [ carte ]. Un autre facteur a également joué: Faht Ali Shah, que les événements précédents avaient mis hors de lui, arrivait au secours de son fils avec une énorme armée d'environ 250000 hommes; et la France avait à nouveau déclaré la guerre à la russie. Choqué par la première nouvelle, et avant que la seconde ne s'ébruite, Kotlérovski demanda à Sir Gore Ousseley de très rapidement conclure la paix !
Il faut noter l'héroisme avec lequel la Perse, sous la conduite du valeureux Abbas Mirza, a tenu tête à l'envahisseur russe - dans combat disproportionné - dix années durant.
Les relations avec l'Empire Français
En 1806, au beau milieu de la guerre contre la russie, Napoleon I envoya le courrier suivant au Shah : "Vous êtes les ennemis des Russes. Comme, normalement, l'ennemi de l'ennemi de quelqu'un est son ami, nous devrions conclure un traité d'amitié. De plus, nous demandons au Shah de Perse, ainsi qu'au Padishah de Turquie, d'accorder au Roi de France le titre d'Empereur. Nous voulons que votre réponse comporte, sur son en-tête, les mots 'Napoleon, Empereur' " Une réponse en bonne et dûe forme fut donc envoyée.
L'année suivante, un ambassadeur, le général Gardanne, fut envoyé en Perse. Il était accompagné de 70 artisans, ingénieurs et instructeurs militaires; il apportait également des cadeaux de Napoléon et un traité. Le Shah le recut avec tous les honneurs, lui accordant même le titre de khan. Le traité prévoyait entre autres que Napoléon aiderait par tous les moyens la Perse à reprendre la Géorgie et l'Azerbaijan. En outre, Napoléon enverrait, pour défendre l'intégrité territoriale de la Perse, autant de troupes que nécessaire, à condition que ce pays annule le traité de 1801 avec l'Angleterre. Finalement, après la reconquête de la Géorgie et de l'Azerbaijan, le Shah laisserait les troupes françaises traverser son territoire afin qu'elles puissent attaquer l'Empire des Indes. Le Shah accepta tous ces termes et envoya Askar Khan-e Afshar, avec le traité, comme ambassadeur à Paris.
Gardanne entreprend alors de moderniser l'armée Persanne, lui apprenant - entre autres - la discipline. Puis survient le Traité de Tilsit, qui consacre la paix entre la France et la Russie. Suite à ce traité, le Comte Gudovic essaie de prendre Erevan, tandis que Napoléon n'envoie pas les troupes promises. Gardanne fait tout ce qu'il peut pour obtenir quand-même le retrait des troupes russes, car il ne comprend que trop la situation géopolitique et les desseins de Napoléon: l'Empereur de France pense que la Perse est militairement trop faible pour envisager une alliance avec elle; par contre, l'idée d'une alliance avec Alexandre I commence à faire son chemin. De plus, la Perse ne peut servir de base pour une opération militaire d'envergure contre l'Empire des Indes: il faudrait traverser le désert, ce qui serait très coûteux pour ses troupes. Le 17 février 1809, Gardanne quitte Téhéran.
La période 1813 - 1824 est mise à profit par Faht Ali Shah pour consolider le régime et pacifier le pays. Les deux premières années, on installe un nouveau Vizir à Chiraz, on fait arrêter et aveugler le gouverneur d'Astarabad qui s'était montré désobéissant, et on écrase les révoltes locales, et en particulier celle de Zolfabad. A l'époque Abbasside, le gouverneur du district de Farahan - dans la région de Qom - Amir Abu Dolaf, avait fondé deux villes jumelles: l'une en surface, l'autre souterraine. Pour cette dernière, il avait fait creuser un immense trou de 15 kms de circonférence; il y avait fait construire des mosquées, des bains, des marchés, des rues...Des trous avaient été prévus pour que l'air et la lumière puissent entrer. A l'origine, les deux villes s'appelaient Dolfabad (qui est devenu Zolfabad). En 1814, les habitants de la ville souterraine avaient décidé de se révolter contre Imani Khan, le gouverneur de Farahan: ils organisaient des pillages nocturnes et retournaient se cacher dans leur ville pendant la journée. Le Shah, apprenant cela, envoya une armée dans la région avec ordre d'étouffer les habitants de la ville souterraine. Les habitants livrèrent une bataille contre l'armée, mais furent défaits et retournèrent se cacher dans la ville sous-terraine. le siège fut mis, et après quelques mois les habitants se rendirent. Après leur reddition, ils furent explusés de la région et la ville fut détruite. Le Shah partit alors pacifier le Khorassan.
Mais à peine le souverain avait-il quitté le Khorassan que les émirs Afghans et quelques seigneurs de la région se remirent à n'en faire qu'à leur tête. Cette fois, le Shah rassembla une plus grosse armée et partit en expédition punitive. Après avoir vaincu les Afghans, il dut assiéger Bam, puis dévaster Khabushan.
Le souverain profita également de cette accalmie pour marier son petit-fils, le Prince Héritier Mohammad Mirza - fils d'Abbas Mirza et héritier en second de la couronne - avec sa petite-nièce. Il s'agit également, ici, d'exécuter les dernières volontés d'Agha Muhammad Shah, qui avait dit à son neuveu: "J'ai uni les Devehlu à ma dynastie (en mariant Faht Ali Khan à une femme du clan Devehlu). Il faut que tu maries ton Prince Héritier, Abbas Mirza, à une Princesse du clan Devehlu. Leur enfant, Qoyunlu par son père et Devehlu par sa mère sera également Prince Héritier. Il faudra que tu le maries à une Princesse Qoyunlu. De la sorte, leur enfant sera entièrement Qoyunlu. Lorsqu'il montera sur le trône, le Shah sera entièrement Qoyunlu."
Abbas Mirza, gouverneur d'Azerbaijan, est visionnaire: il ambitionne de transformer la Perse en une puissance de premier plan, capable de rivaliser avec les nations occidentales.
Sur le plan militaire, il poursuit la réorganisation et le modernisation de l'armée, lisant tous les ouvrages militaires parus en Europe. Il fait construire des arsenaux, fondre des canons, impose la discipline, fait revoir les uniformes des militaires pour que ceux-ci se sentent plus à l'aise dans les situations de combat...
Sur le plan civil, il fait vacciner sa population contre la vérole; il dresse un cadastre des domaines publics et privés; il instaure un service de poste régulier et efficace...
Sur le plan économique, il essaie de réduire les importations. Pour cela, il fait installer des machines industrielles occidentales modernes sur place...
Haji Mirza Abu'l-Hasan Khan, qui avait été envoyé en ambassade à Londres en 1809, est maintenant envoyé en ambassade auprès du Tsar. Il est porteur de nombreux cadeaux: 10000 tomans en cash, 2 éléphants, 10 chavaux soigneusement sélectionnés,...Et pour cause: sa mission consiste à négocier la restitution des territoires du nord de l'Araxe, perdus suite à la conclusion du Traité du Golestan. Il fut reçu à Saint-Petersbourg avec tous les honneurs, mais le Tsar lui fit savoir que c'est de leur propre volonté que les habitants de la Géorgie, de l'Arménie et du Karabagh avaient choisi de lier leur destin à celui de la Russie, et qu'il serait dont incorrect de sa part de les abandonner. Par contre, en ce qui concerne Ganja, Shirvan, et Talesh, le Tsar ne voyait pas d'inconvénients à leur restitution, à condition toutefois que l'on demande d'abord l'avis de leurs habitants.
Le Tsar nomma alors Alexandre Yermelov au poste de gouverneur du Caucase, et l'envoie comme ambassadeur à Téhéran. Il fut recu avec tous les honneurs - il s'agit d'un Prince - et rencontra le Shah à Soltanya et lui délivra le même message concernant les affaires du Caucase. Puis, il retourna à Tiflis pour s'occuper de sa province.
En 1820, le Tsar fit parvenir au Shah une lettre scellant leur amitié et de nombreux présents, dont un énorme bassin octogonal en cristal.
Etablissement de liens diplomatiques en Europe et avec l'Empire Ottoman
L'année 1818 fut fertile sur le plan diplomatique. On dépécha, en effet, Haji Mirza Abu'l-Hasan Khan en Turquie, en France et en Angleterre afin qu'il y renforce l'amitié du Shah avec les souverains de ces pays. En outre, Mirza Abd ol-Hosein - le neuveu d'Haji Mirza Abu'l-Hasan Khan - fut nommé ambassadeur près l'Empereur d'Autriche, auquel il apporta de nombreux cadeaux.
En 1820, Haji Mirza Abu'l-Hasan Khan est envoyé en Egypte: il s'agit, cette fois, de récompenser le gouverneur Ottoman Mohammad Ali Pacha, parcequ'il avait traité les pélerins et les marchands Iraniens extrêmement bien. Les cadeaux étaient accompagnés d'une lettre: "Le Sheikh Abdollah Ibn Sa'ud Vahhabi mérite une sévère punition, car il oppresse et combat non seulement son peuple, mais aussi les pélerins et ses voisins. Etant donné que le désert de Najd est sous souveraineté Ottomane, l'envoi d'une armée contre Abdollah Ibn Sa'ud sans l'accord du Sultan serain contraire à nos accords et à notre amitié. Le gouvernement de Perse hésite donc à punir Abdollah. L'armée du Fars, dès qu'elle aura traversé la mer, détruira certainement Abdollah et sa ville de Der'iyya". Réalisant la situation, Mohammad Ali Pacha envoya immédiatement une grosse armée, qui détuisit Der'iyya et captura Abdollah. Ce dernier fut exécuté à Istambul en présence du Sultan Ottoman Mahmud Khan.
Abbas Mirza avait un frère aîné, Mohammad Ali Mirza. Celui-ci, n'étant pas né d'une mère Kadjare, ne pouvait pas régner. Mais il était jaloux de son cadet, et rêvait quand-même d'accéder un jour au trône. Evidemment, il était difficile de surpasser un Abbas Mirza, qui a combattu courageusement les Russes, modernisé l'armée et dirigeait maintenant sa province d'Azerbaijan d'une main visionnaire et éclairée. Dès lors, en 1821, Mohammad Ali Mirza caresse le rêve fou de prendre Bagdad aux Ottomans et de l'offrir à son père. Sans rien demander à personne, il mobilise une armée, et marche - de jour comme de nuit - sur Bagdad. Le Pacha, pris par surprise, cède la ville. Trop fatigué, Mohammad Ali Mirza meurt quelques jours plus tard. Mais l'affaire ne s'arrêta pas là: les gouverneurs Ottomans des villes-frontières avec l'Azerbaijan se mettent à multiplier les provocations, auxquelles le Vice-Roi d'Erevan répond en envoyant son armée, contre laquelle le Pacha envoie aussi son armée...Abbas Mirza doit intervenir: il mobilise une armée de 10000 hommes, et part affronter les Turcs - au nombre de 50000 - à Tchapan Oglou. L'armée d'Abbas Mirza, moins nombreuse mais moderne et disciplinée, enlève la victoire.
En 1824, c'est le Sultan Mahmud Khan qui envoie un ambassadeur à Téhéran. Après les événements de ces dernières années, il fallait rétablir la paix. Le Shah signe alors de Traité d'Erzerum, qui prévoit entre autres la liberté de circulation pour les pélerins Iraniens et la restitution aux marchands Iraniens de leurs biens.
La deuxième guerre avec la Russie et le Traité de Torkmanchay (1826-1828)
Depuis le Traité du Golestan (1813), la partie du Caucase située au nord de l'Araxe est aux mains de l'Empire Russe. Un jour, des soldats russes ont violé des femmes de cette région; cette nouvelle fut répétée aux théologiens qui entouraient le Shah. Ceux-ci voyaient là un motif suffisant pour déclarer la guerre sainte ( Jihad ) sur l'Empire Russe, et firent pression sur le Shah pour qu'il prenne les armes.
Le Shah finit par se laisser convaincre et, en mai 1826, déclara la guerre à la Russie. Abbas Mirza en fut consterné, tant il comprenait que ce projet anéantirait à coup sûr ses espoirs de modernisation de l'armée, et risquait même d'anéantir la Perse. Mais le Shah, sous l'emprise du clergé, ne voulut rien entendre des supplications de son fils.
L'ambassadeur russe, également, tenta d'empêcher le Shah de commettre une telle folie, lui apportant une lettre d'amitié et des cadeaux de valeur...Il alla même jusqu'à proposer de restituer une large partie des territoires litigieux à la Perse. Helas, on ne l'écouta pas.
Abbas Mirza, qui était maintenant devenu un général expérimenté, ne put même pas mener les opérations comme il l'entendait: le Shah lui ordonna de prendre Coucha, alors que lui-même aurait préféré concentrer ses forces à Ganja (que les russes venaient d'évacuer) [ carte ]. Il obtempère, mais envoie quand même son aîné, le Prince Héritier Mohammad Mirza, dans la région de Ganja. Mais ce dernier y subit un terrible revers: le général Madadov, son adversaire, est un redoutable stratège. Apprenant cela, Abbas Mirza prend seul le commandement de l'armée, envoie promener les ordres gouvernementaux, et part sur l'heure pour défendre Ganja. Mais les russes ont déjà investi la ville...
Abbas Mirza réfléchit en stratège, et voudrait bien installer son armée dans une place forte inexpugnable; le Premier Ministre a des arguments de politicien et veut reprendre Ganja à tout prix. Le Shah commet une nouvelle fois l'erreur de ne pas écouter son fils, et lui ordonne d'aller affronter les russes en bataille rangée devant Ganja. Abbas Mirza sait qu'il n'a que peu de chances de remporter la victoire dans de telles conditions: son armée est deux fois plus nombreuse que celle du général Paskiévitch, mais l'armée russe est composée de troupes régulières, bien entraînées et disciplinées. Abbas Mirza veut alors tenter une attaque nocturne. Mais la pluie se met à tomber et embourbe l'armée. Au matin de la bataille, ce sont 40000 Perses fatigués et transis de froid qui doivent affronter 20000 russes en pleine forme. La Perse connaîtra, ce 15 septembre 1826, un désastre militaire.
A Téhéran, le Shah a compris la leçon: il confie à Abbas Mirza le commandement général de l'armée. Au printemps 1827, les opérations reprennent. Le général Paskiévitch reprend Abbas Abad grâce à la trahison du gouverneur de la ville. Abbas Mirza prend sa revanche à Echmiadzin [carte]. Cette victoire était indispensable pour empêcher la chute d'Erevan. La-bas, le Sardar a admirablement organisé la défense de sa ville. Mais le général Paskiévitch, son assaillant, est très fort, et prend une à une les collines qui surplombent la ville. Le premier octobre, le Sardar doit livrer la ville.
L'étape suivante est la conquête de Tabriz. Mais Paskiévitch n'aura pas besoin de sortir le grand jeu pour cela, puisque des traitres lui livrent les clefs de la ville. Abbas Mirza est désespéré: son père le tient pour responsable de la débacle alors qu'il n'a jamais voulu mener cette guerre, sa famille est détenue prisonnière par les russes,...Il décide alors de négocier, seul et sans l'aval de son père, la paix. Il est aidé en cela par l'ambassadeur d'Angleterre, Sir John Macdonald Kineir, qui vient quand-même rappeler à Paskiévitch l'accord passé au Congrès de Vienne, selon lequel tous les Etats Européens s'uniraient pour rayer de la carte le premier d'entre eux qui oserait déborder de ses frontières. En clair, si les russes ne quittent pas la Perse, ils s'exposent à de monumentales représailles. Les russes exigent alors d'énormes indemnités (20 000 000 roubles), et le Prince Héritier n'a plus un sou: il a dû financer la guerre tout seul. Il obtient de l'argent à prêter des Anglais, à condition qu'on révise le traité de 1814, en supprimant la clause qui oblige l'Angleterre à prêter assistance à la Perse en cas d'agression étrangère injustifiée. Finalement, Abbas Mirza obtient l'aval du Shah et de ses ministres, et le catastrophique Traité de Torkmanchay est signé en février 1828.Tous les territoires au nord de l'Araxe sont cédés à la Russie; laquelle obtient également des termes d'échange préférentiels avec la Perse et le droit exclusif d'opérer une marine de guerre en Mer Caspienne. En outre, le traité prévoit explicitement qu'Abbas Mirza héritera du trône, et qu'après lui, son fils Mohammad Mirza règnera.
L'assassinat de l'ambassadeur de Russie
Après la guerre, Téhéran et Saint-Pétersbourg renouèrent des relations diplomatiques, et Griboyedov fut envoyé comme ambassadeur en Perse. Ce personnage, par ailleurs poète, se montra très vite arrogant, refusant de se déchausser devant le Shah, oubliant de mentionner les titres des dignitaires,...Il dépassa toutes les bornes lorsqu'il fit convoquer les deux concubines arméniennes du Premier Ministre qui voulaient rentrer au pays en application du Traité de Torkmanchay: s'il est une chose sacrée en Perse, et d'autant plus sacrée que le rang est élevé, c'est l'honneur domestique, qui suppose la réclusion farouche des femmes. Excitée par les mollahs, la population de Téhéran se révolta, assiègea la résidence de l'ambassadeur. Celui-ci, décidément très inspiré, fit d'abord jeter de l'argent à la foule puis, voyant que la situation ne s'améliorait pas, fit tirer sur cette foule. A ce moment, on forca la porte, et l'ambassadeur fut assassiné.
Evidemment, le Palais fut consterné: personne n'avait envie d'une nouvelle guerre avec la Russie. Abbas Mirza envoya immédiatement un émissaire à Paskiévitch, pour lui expliquer ce qui s'était passé. Le Tsar Nicolas I, heureusement, venait d'échapper au coup d'état des Décembistes (1825) et en était venu à hair les intellectuels, dont Griboyedov était un représentant. Il suggèra donc qu'on fasse exiler les mollahs responsables de l'incident, qu'on lui envoie une lettre d'excuse, et surtout qu'on lui envoie un Prince à titre d'otage. Abbas Mirza envoya alors Khoshrow Mirza, un de ses fils, à Saint-Pétersbourg. Le Prince et son escorte y furent recus avec un faste extraordinaire.
Rebellions familiales [arbre généalogique][carte]
Le fils de Mohammad Ali Mirza, ce frère d'Abbas Mirza qui avait pris Bagdad en 1821, avait succédé à son père au poste de Gouverneur de Kermanshah; il réclame maintenant de diriger aussi le Khuzestan et le Lorestan.
Dans le Fars, deux frères d'Abbas Mirza - Shuja os-Saltaneh et Farman-Farma - se disputent Chiraz. Leur mère, autoritaire, veut aussi s'occuper de gouverner la ville...Ces Princes avaient cessé de payer leurs impôts dès le moment où le Shah fut trop occupé par la guerre contre la Russie. En 1829, Faht Ali Shah en personne doit venir assiéger la ville avec toute une armée pour obtenir le paiement de ses impôts !
Puis, Shuja os-Saltaneh s'en va assiéger son frère Zell e-Soltan, gouverneur de Yazd. Abbas Mirza, qui commence à peine à se remettre de la campagne d'Azerbaijan, rassemble son armée - qui a quand-même été capable de tenir en respect les troupes du Tsar - et s'en va calmer son turbulent frangin. Ce dernier, lorsqu'il entend qu'Abbas Mirza, respecté de tous pour ses compétences militaires, est en route à la tête d'une très grosse armée, s'encourt à toute vitesse dans sa citadelle de Kerman. Abbas Mirza libère la ville, y reste 2 jours, et fonce sur Kerman. Voyant l'armée du Prince Héritier, Shuja os-Saltaneh décide d'arrêter les frais: il envoie des émissaires accueillir son frère avec des voeux de bienvenue. Abbas Mirza ne fera tuer personne, mais le frère rebelle sera assigné à résidence pour le restant de ses jours.
A Zenjan, c'est Abdollah, un autre frère d'Abbas Mirza, qui commet des exactions et se réfugie dans sa forteresse lorsque les paysans se révoltent. A nouveau, c'est le Prince Héritier qui l'amènera à des méthodes de gouvernement plus nobles.
A peine Abbas Mirza a-t-il rétabli l'ordre dans les provinces centrales que son père l'envoie au Khorassan. La province a, une nouvelle fois, plongé dans le Chaos. Le Prince Héritier, guerrier infatigable, rassemble une très grosse armée et s'en va mater tous les seigneurs locaux. Et il entend bien mettre une partie de l'Afghanistan - dont Herat - sous son contrôle. Herat - et l'Afghanistan - sont d'un intérêt stratégique majeur pour les Russes, qui pourraient s'en servir comme base pour une opération de grande envergure vers le Golfe Persique et l'Océan Indien (c'est la même raison qui les a poussé à envahir l'Afghanistan à la fin des années 1970). Si Abbas Mirza prend le contrôle de la région, il pourra négocier avec le Tsar un nouveau traité, plus favorable à la Perse. Déjà, il envoie ses fils sous les murs d'Hérat pour préparer le siège, en attendant l'armée.
Le décès du Prince Héritier Abbas Mirza
Mais Abbas Mirza est très malade. Pendant la campagne de Russie, il avait eu un malaise, et le médecin anglais avait diagnostiqué une tuberculose des os, maladie héréditaire incurable. Depuis lors, son état n'avait fait qu'empirer, et il n'était resté debout que par la force de son inébranlable volonté. Mais maintenant, la maladie avait trop progressé...Le Prince Héritier sait qu'il ne vivra plus longtemps. Il désire revoir son père avant de mourir, et est reçu en audience à Téhéran le 12 juin 1833. Il dresse au Shah un bilan sans concession de ses actions passées, et lui fait part de ses craintes pour le futur. En particulier, il faut assurer la continuité de la dynastie, telle que l'avait conçue Agha Muhammad Shah. Pour cela, il faut au plus vite confirmer de la manière la plus officielle possible Mohammad Mirza au rang de Prince Héritier. Au moment de repartir, Abbas Mirza ne peut plus tenir debout. Le Shah insiste pour le garder à Téhéran, et confier la campagne d'Hérat aux meilleurs généraux. Rien n'y fait: Abbas Mirza retournera en litière à Mashad pour rassembler lui-même ses troupes ! Comme il devait rester alité la plupart du temps et ne pouvait conduire en personne la campagne d'Herat, il envoie son Grand Vizir, Ghaem Magham, superviser les opérations. Le 25 octobre 1833, Abbas Mirza décède en murmurant "Il n'est d'autre Dieu que le Dieu unique".
Mohammad Mirza, le nouveau Prince Héritier
Dans les heures qui suivirent le décès d'Abbas Mirza, un conseil extraordinaire se réunit à Mashad, afin d'examiner les mesures à prendre. On envoya un courrier express et secret au Shah, qui promulga immédiatement un décret confirmant Mohammad Mirza dans ses fonctions de Prince Héritier. Mais la succession attire les convoitises, et déjà Farman-Farma et Zell e-Soltan déclarent ouvertement leurs prétentions au trône. En outre, comme Mohammad Mirza n'a pas encore d'aura militaire, les soldats qui campaient avec lui sous les murs d'Hérat plient bagage. Le Prince Héritier est alors envoyé en catastrophe à Tabriz - où Abbas Mirza avait fait ses classes - et où il est bien vite rejoint par ses fidèles frères Jahanguir et Khosrow.
Le 23 octobre 1834, Faht Ali Shah - après une nouvelle campagne militaire contre ses fils insubordonnés - décède. Il laisse derrière lui une Perse unifiée et modernisée; avec l'aide indispensable de son fils Abbas Mirza, il aura apporté une contribution énorme au développement de la Perse et à la réalisation du rêve de son oncle Agha Muhammad Shah. Mais il laisse une succession très convoitée. Son petit-fils, le Prince Héritier Mohammad Mirza, aura fort à faire pour s'imposer.