MOHAMMAD ALI SHAH (1907-1909)


Le couronnement (1907)

Le Shah, le Parlement et la Constitution

La Révolution Constitutionnaliste - phase II

La destitution (1909)

La tentative de reprise du pouvoir (1911)


 


Le Couronnement (1907)

Le 09 janvier 1907 - date jugée propice par les astrologues - le Prince Héritier Mohammad Ali Mirza Kadjar est couronné Shah de Perse.

Pour la première fois, le couronnement a lieu à Téhéran. D'ordinaire, la mort du Shah surprenait le Prince Héritier à Tabriz. Mais Mohammad Ali Mirza Kadjar vivait et résidait à Téhéran, ne fût-ce que pour pouvoir assurer l'interim pendant les nombreux voyages de son père Mozaffar ed-Dinh Shah.

La cérémonie est marquée d'un faste tout-à-fait particulier. Deux raisons peuvent être invoquées pour cela. D'abord, Mohammad Ali Shah pensait qu'il fallait restaurer le prestige de l'Empereur après les événements qui ont marqué la fin du règne précédent: si le Shah devait gouverner avec un Parlement, autant montrer d'emblée son pouvoir et sa puissance. Ensuite, Mohammad Ali Shah était un monarchiste convaincu: jamais, il n'a vraiment accepté ces histoires de Constitution et de Parlement. Dans sa jeunesse, à Tabriz, il avait eu un précepteur russe réactionnaire, et il rêve maintenant de rétablir le pouvoir impérial dans toute son intégrité.

Bref, le nouveau Shah - alors âgé de 35 ans - s'assied ce jour-là sur le Trône du Paon. Il porte des petites lunettes en or. Il scintille de joyaux: sur les deux côtés de sa pointine s'étalent cinq rangées de ferrets à gros diamants. Le sabre impérial, dormant sur ses genoux, est lui aussi constellé de diamants.

Le soir tombé, la ville s'illumine. Les marchands laissent leurs échoppes ouvertes, des pitres et des bateleurs donnent des spectales, et un impérial feu d'artifice couronne la cérémonie.

Quelques jours plus tard, tombe la Fête du Sacrifice (en l'honneur d'Abraham, NDLR): un chameau est égorgé, et distribué à la foule nombreuse. Ce jour-là, Mohammad Ali Shah - très respectueux des valeurs de la Dynastie - nomme son Prince Héritier: Soltan Ahmad Mirza Kadjar, alors âgé de 6 ans.

Le Shah, le Parlement et la Constitution

Contraint et forcé, Mohammad Ali Shah Kadjar signe le 11 février 1907 la promesse de constitution faite par son père, Mozaffar ed-Dinh Shah Kadjar

La première erreur de Mohammad Ali Shah sera de faire revenir l'ancien Premier Ministre de son père, Amine Soltan, de son exil en Europe. Tabriz s'embrase, et Téhéran l'assassine...

En outre, le Prince Salar ed-Dowleh, frère cadet de Mohammad Ali Shah, essaie de profiter des troubles pour conquérir le trône...Il sera vite lâché par les anglais, et emprisonné par l'armée du Shah.

Mohammad Ali Shah sera, au début, rassuré par les pétitions de principe des grandes puissances occidentales - favorables au maintient d'un régime absolutiste à Téhéran.

Il fera donc tout ce qu'il peut pour abroger la Constitution et dissoudre le Parlement.

Pour se protéger des constitutionnalistes radicaux, il s'était trouvé un allié de choix en la personne du Sheikh Fazlollâh Nuri.

Cependant, la douche froide allait tomber le 31 août 1907. Ce jour-là, l'Angleterre et la Russie - prétendûment alliés du Shah et défenseurs de son pouvoir - signaient un monstreux accord qui partageait la Perse en 3 zones: une zone d'influence russe au nord, une zone d'influence anglaise au sud, et une zone neutre au milieu [ carte ]. Les russes entraient en force et perpétraient des brutalités inouies en Azerbaijan, tandis que les anglais organisaient dans leur zone une police mercenaire encadrée par des officiers britanniques et des sous-officiers indiens. L'autorité de Téhéran n'est alors plus que symbolique...

Le nationalistes libéraux de Perse cessent ipso facto de considérer les Anglais comme des défenseurs de la liberté et de la démocratie. Le Shah, ulcéré, entame de son côté un processus de normalisation des relations avec le Parlement. Il signe la Constitution et son Complément le 28 octobre 1907 et se présente en personne au Parlement pour jurer de rester fidèle à ces textes. Il forme un cabinet, présidé par Nasser el-Molk, aristocrate Persan ayant étudié à Oxford et donc a priori pro-anglais.

Cependant, à Tabriz, la rébellion s'amplifie et les manifestants crient plus fort que jamais pour demander la destitution du Shah. La révolution Jeune-Turc venait alors de débuter, qui allait ébranler l'Empire Ottoman voisin. Ce mouvemlent donne des ailes aux manifestants de Tabriz. Au meme moment, le Parlement, galvanisé par la signature de la Constitution, prépare des lois limitant les privilèges de la famille Kadjare et envisage la création d'une armée nationale ainsi que de milices pour se défendre contre un éventuel coup d'Etat.

Mohammad Ali Shah reprend donc de plus belle ses projets de destruction du Parlement et de la Constitution...

La Révolution Constitutionnaliste - phase II

Le 12 décembre 1917, le Shah congédie Nasser el-Molk et il fait rassembler, deux jours plus tard, une manifestation acharnée et hétéroclite devant le Parlement . On offre beaucoup d'alcool aux manifestants, et les événements sont violents. Les députés résistent et tiennent bon...finalement, la foule se dispersera.

Le Shah revient au Parlement le 16 décembre, et jure à nouveau de respecter la Constitution. En échange de cette promesse, les députés s'engagent à ne pas voter la destitution du Shah.

Les choses s'enveniment en février 1908: un terroriste, qui en voulait au Prince Zell os-Soltan, blesse le Shah. Tous les ponts sont rompus entre le Shah et son Parlement...

Le Shah exige alors une révision de la Constitution qui lui donnerait des pouvoirs exécutifs très forts, en particulier sur le plan militaire et rendrait le gouvernement responsable devant lui seul.

Et, le 23 juin 1908, le Shah dissout le Parlement. Un modjahédine lance une grenade vers la garnison des cosaques. Le colonel russe investit Téhéran avec ses troupes prend l'initiative de bombarder le bâtiment, pour en chasser les parlementaires qui refusaient de s'en aller. Le Parlement est pris et pillé par les troupes russes.

Le Parlement éliminé, le Shah retrouve le pouvoir absolu. Il gouverne dorénavant par décrets. Cependant, son pouvoir réel est limité: Téhéran est aux mains des cosaques de Liakhov, qui prend ses ordres directement auprès de la légation russe.

Ce qui n'empêcha pas nombre d'anciens constitutionnalistes de retourner leur veste et de se découvrir des convictions monarchistes.

La destitution (1909)

Après la prise du Parlement, les partisans d'un retour à la Constitution reprennent la lutte. Ils s'emparent de Tabriz, et le drapeau rouge flotte sur le Bazar (marché) de la ville. Jusqu'au moment où le commandant Rahim Khan - chef des irréguliers du Shah - entreprend de violemment bombarder la ville. Il s'ensuit un long combat de rue et les insurgés seront finalement écrasés en juillet 1908.

A l'automne, les révolutionnaires reprennent la ville. Une armée royale de 1200 hommes et 12 canons, commandée par le général Eyn od-Dowleh, arrive aussitôt sous les murs de la ville. Simultanément, l'armée russe vient occuper l'azerbaijan. Mais les troupes loyalistes ne parviendront pas à reprendre Tabriz...

Russes et Anglais conseillent alors au Shah de négocier, de restaurer la Constitution et même d'instaurer un Conseil d'Etat. Le Shah se croit assez fort pour l'emporter à l'usure: il promet, promet encore, pour gagner du temps...En réalité, il campe sur ses positions.

Tabriz est assiégée, et l'hiver est rude. Cet exemple ne tarde pas à inspirer le reste du pays. Recht s'organise en ville libre, et ses habitants-soldats bloquent la route entre Téhéran et Qazvin: l'armée du Shah, qui assiège Tabriz, est privée d'approvisionnement.

Les russes, d'ailleurs, obligent l'armée impériale à lever le siège. Un des officiers du Shah,le Sepahdar Mohammad-Vali Sepahsalar Tonekaboni, se rallie à la Constitution et aide les insurgés de Recht à prendre Qazvin.

Pendant ce temps, les puissants Khans Bakthiars - enrichis par les contrats pétroliers - se sont réveillés. Le Grand Khan des Bakthiars, Sam Sam os-Saltaneh, et son frère Sardar Assad s'emparent d'Ispahan et font savoir qu'ils ne quitteront la ville qu'après avoir assuré à son peuple des droits constitutionnels !

La flotte anglaise intervient dans les ports du golfe persique, les russes commencent à avancer dangereusement, et les Ottomans multiplient les incursions en territoire Perse.

Devant cette situation, le Shah rétablit la Constitution le 10 mai 1909. Trop tard ! L'armée des Bakthiars et celle des insurgés du nord font leur jonction début juillet. Sardar Assad Bakthiar, que le Shah vient pourtant de nommer Ministre de l'Intérieur, rêve du trône et a fait inscrire mort au Kadjar  sur son sabre...

Le 16 juillet 1909, les constitutionnalistes prennent Téhéran. Mohammad Ali Shah se trouvait dans un palais d'été, sur les hauteurs de la ville, lorsqu'il apprit la nouvelle. L'heure n'est plus aux tergiversations: le Shah va demander asile, pour lui et pour sa suite, dans la résidence d'été de l'ambassadeur de Russie.

Les constitutionnalistes prennent la décision de respecter la légitimité dynastique et la Constitution. Le Shah abdiquera donc en faveur de son aîné, Soltan Ahmad Mirza, alors âgé de 11 ans. Dans la foulée, il nommera son second fils Mohammad Hassan Mirza au rang de Prince Héritier.

Ceci fait, Mohammad Ali Shah et sa famille se rendront en voiture automobile au port d'Enzeli. De là, ils gagneront Bakou, puis Odessa...

En attendant la majorité de Soltan Ahmad Shah, la Régence est proclamée. L'ancien Premier Ministre, Nasser el-Molk est nommé régent...

La tentative de reprise du pouvoir (1911)

Mohammad Ali Shah, depuis son exil à Odessa, regrette la Perse. Avec son frère cadet, Salar ed-Dowleh, ils décident donc de reprendre le pays...

En juillet 1911, ils débarquent sur la côte caspienne. Déguisé, le Shah cache des armes dans des caisses étiquetées "eau minérale"...

Aussitôt, le gouvernement de Téhéran décrète l'état de siège. Un cabinet d'union nationale est constitué dans la foulée, et une armée est envoyée contre les troupes de Mohammad Ali Shah. Après une première victoire en août 1911, les troupes gouvernementales finissent par définitivement repousser l'invasion le 05 septembre 1911. Mohammad Ali Shah retourne en exil à Odessa...