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Fondation d'un système postal moderne
La disgrâce et la mort de l'Emir Kabir
Le père de Mirza Taghi Khan était de très bonne famille, et on le prétendait même descendant du Prophète. Cependant, il était tombé dans la misère et il se fit embaucher comme cuisinier chez Ghaem-Magham, qui fut le Grand Vizir d'Abbas Mirza et le Premier Ministre de Mohammad Shah (Ghaem-Magham fut exécuté en 1835).
Le père de Mirza Taghi Khan parvint rapidement à se faire respecter pour son intelligence et à gagner la confiance de ses maîtres. De la sorte, il put offrir à son fils une brillante éducation et une place dans la Maison du Prince Héritier, Nasser ed-Dinh Mirza.
Bien que détaché auprès du Prince Bahman Mirza Kadjar, gouverneur célèbre d'Azerbaijan, Mirza Taghi Khan n'oubliera pas son ancien maître. C'est lui qui récoltera les fonds pour que Nasser ed-Dinh Mirza puisse lever une armée, se rendre à Téhéran, et se faire couronner Shah de Perse.
Après avoir coiffé la tiare, Nasser ed-Dinh Shah n'oubliera pas non plus son ancien serviteur et l'élèvera au rang de Premier Ministre. Un peu plus tard, Mirza Taghi Khan se verra nommé chef des armées - amir kabir. C'est sous ce titre qu'il reste connu, bien qu'il ait même été élevé au rang d'Atabegh (dignité suprème en Perse, juste en-dessous des princes du sang). Le Shah lui offrira également sa soeur en mariage...
Mais Mirza Taghi Khan mérite ces titres et ces honneurs, tant il est brillant et volontariste...
La première tâche de Mirza Taghi Khan sera de rétablir l'ordre civil, sérieusement perturbé pendant la période d'interrègne: on se tue en plein jour dans les rues de Téhéran, les courriers et les voyageurs n'arrivent plus à destination, les nomades ne paient plus l'impôt et refusent d'obéir aux ordres du gouvernement central,...Mirza Taghi Khan prend les choses en main, et administre un remède de cheval au pays. Par exemple, des brigands qui avaient détroussé des passants à Téhéran furent maconnés vifs dans un mur, et seule leur tête dépasse; on attacha ensuite une corde autour de leur cou, laquelle corde était reliée à un attelage de chevaux. On fit partir les chevaux au galop, et les voleurs furent décapités. Par de tels procédés, l'Emir Kabir ramena l'ordre en quelques mois seulement.
Mollah Hossein Boucheyri, le plus grand disciple du Bâb, venait de remporter quelques victoires militaires lorsque Mirza Taghi Khan devint Premier Ministre. Immédiatement, l'Emir Kabir s'énerve, convoque les Khans du Mazanderan, et les somme de partir en guerre contre les bâbis. Ils se feront vaincre les uns après les autres...
Fou de rage, Mirza Taghi Khan envoie une armée au Mazanderan sous le commandement du Prince Mehdi Goli Mirza Kadjar. Cette armée écrase tout sur son passage et prend des mesures impitoyables contre tous les bâbis rencontrés en chemin.
Cependant, un soir que l'armée campait près de Daskesh, Mollah Hossein Boucheyri rassemble un commando et attaque le quartier général lui-même. Mehdi Goli Mirza parvient - de justesse - à s'enfuir, mais deux autres Princes Royaux et un Conseiller d'Etat y laissent leur vie...
Le Prince Mehdi Goli Mirza se réfugie sous les murs de Sari, où les messages courroucés de l'Emir Kabir, terribles de menaces, lui font plus peur que toute l'armée du Bâb: le Prince repart rapidement en campagne.
Il parvient à tuer Mollah Hossein Boucheyri au cours d'une escarmouche, et vient assiéger la citadelle des bâbis. Il promet la vie sauve aux 214 survivants s'ils se rendent et renient leur foi, ce qu'ils font. Mais, la citadelle investie, tous seront quand-même étendus par terre et éventrés.
L'Emir Kabir en a plus qu'assez de la rébellion et fait publiquement exécuter le Bâb à Tabriz quelques temps plus tard.
Les bâbis, galvanisés, élisent alors un second Bâb qui, depuis Bagdad, prédit la fin prochaine de l'Emir Kabir.
Le premier système postal de l'histoire de la Perse fut fondé par Cyrus le Grand au VIe siècle av. J.-C. Ce système avait peu à peu disparu, et rien n'était venu le remplacer.
Un essai de poste régionale moderne fut lancé par Abbas Mirza au début du XIXe siècle en Azerbaijan, mais il ne couvrait pas l'entièreté du pays.
Le 12 février 1851, l'Emir Kabir annonce la création d'un système postal national. Le texte du décret va comme suit: " En vue d'harmoniser le système postal et d'y mettre de l'ordre, il a été décidé d'édifier des bureaux de postes à Téhéran et en province; tout marchand désireux de transmettre du courrier par la poste devra apporter ce courrier au bureau de poste et le laisser au postier le jour du départ du courrier. A l'arrivée du courrier, quiconques attend une lettre pourra venir la chercher, afin d'éviter tout retard. Néanmoins, à cause du maivais temps et de l'enneigement excessif [ NDLR : nous sommes en février et la Perse est un pays fort montagneux ], la mise en place de ce service est postposée jusqu'au 1er août, lorsque le temps sera redevenu meilleur. " Un peu plus tard, Shafi Khan est nommé responsable des postes.
Le tarif pour le courrier intra-persan est fixé à 5 Shahis pour une lettre, et 1000 Dinars (ou 20 Shahis) pour 5 lettres ou plus contenues dans une même enveloppe.
Mirza Taghi Khan entreprendra également de réformer l'armée. Tout d'abord, il s'attaque au système de recrutement, fondé sur un système de quotas fournis par chaque village, chaque district, chaque tribu. Il crée également une Ecole Polytechnique, le Dar al-Founoum, ancêtre de l'université de Téhéran. Ses instructeurs comptaient de nombreux officiers étrangers, notamment fournis par l'Empire d'Autriche-Hongrie.
L'Emir Kabir passera, en outre, beaucoup de temps à inspecter les troupes. Souvent, il demandera aux soldats s'ils ont bien reçu leur solde. Dans le cas contraire, l'officier qui s'était permi de léser ses soldats était châtié d'une manière qui lui ôtait à jamais l'envie de recommencer.
Le Fars, depuis l'accession des Kadjars au pouvoir, n'a cessé d'être un foyer de rébellions. Ses habitants avaient vu dans le bâbisme un nouveau prétexte pour marquer leur distance par rapport à la Cour de Téhéran: le Bâb était donc très populaire dans cette région.
Au beau milieu de la guerre contre les bâbis, l'Emir Kabir avait donc convaincu le Shah de se rendre à Ispahan pour se rendre sympathique aux yeux de la population. Le cortège royal entre dans la ville, et l'Emir Kabir précède le Shah. Dans la foule, un curieux demande qui est le jeune homme juste derrière l'Emir Kabir...La réponse tombe dans l'oreille du Shah: " C'est son beau-frère " (NDLR: L'Emir Kabir était marié à la soeur du Shah et, de fait, était son beau-frère).
Après cet incident, le Shah commencera à prendre certaines distances par rapport à son ministre. L'Emir Kabir feint de ne pas comprendre, mais va quand-même demander la protection de l'ambassadeur de Russie. Qui la lui accorde: il envoie une troupe de cosaques dans la maison de l'Emir Kabir, et annonce publiquement qu'il le défendra envers et contre tous. Nasser ed-Dinh Shah, ulcéré, fait savoir à l'ambassade de Russie qu'il exige le retrait des cosaques de la maison de l'Emir Kabir - sans quoi, il ira en personne les déloger. L'ambassadeur cède. Sur le champs, l'Emir Kabir est alors envoyé en résidence surveillée à Fyn. Sa femme, la soeur du Shah, décide de l'accompagner afin qu'on n'attente pas à sa vie.
A Téhéran, la Reine Mère Mahde Olia et l'Etemad-o-Saltaneh, un haut dignitaire de la Cour, s'activent pour obtenir la condamnation à mort de l'Emir Kabir. Par deux fois, le Shah signe le décret; par deux fois, il fait annuler la condamnation à mort. Un soir, après une longue entrevue avec l'Etemad-o-Saltaneh, le Shah signe un troisième décret. Le dignitaire, qui n'en peut plus d'attendre, fait immediatement dépécher deux bourreaux à Fyn, et prend le départ avec eux. Pendant ce temps, le Shah avait déjà changé d'avis...
Arrivé à Fyn, l'Etemad-o-Saltaneh apprend que l'Emir Kabir s'est rendu aux Bains. Ce qu'il n'avait plus fait, sur conseil de sa femme, depuis deux semaines...L'Etemad-o-Saltaneh entre dans la pièce et dit à l'Emir Kabir: "Seigneur, la volonté du Shah est que vous mouriez. Mais, par égard pour votre rang, il vous laisse le choix du supplice". L'Emir Kabir n'y croit pas, il demande à voir le décret. L'Etemad-o-Saltaneh se fait pas prier...Le général dit alors, très calmement: "Très bien. Qu'on m'ouvre les veines !". Une tenture bouge, les bourreaux entrent dans la pièce. Mais le Ministre fait un geste de dénégation: il ne veut pas mourir par la main de ces valets. Il demande à l'Etemad-o-Saltaneh son poignard, et se tranche lui-même les veines sans hésitation. Aujourd'hui encore, on montre aux visiteurs des tâches rouges sur le sol des bains de Fyn, dont on prétend qu'il s'agit du sang de l'Emir Kabir...