
I. La montée sur le trône et la régence de Mahde Ohlia (1848)
II. Troubles dans le Fars...encore et toujours (1848) !
III. La guerre contre les Bâbis (1848-1856) [le babisme]
IV. La disgrâce et la mort de l'Emir Kabir
V. L'invasion de l'Afghanistan et la guerre Anglo-Persane (1856-1857)
VII. Réformes et modernisation de l'Empire
IX. Nasser ed-Dinh Shah, le développement de la Perse, l'Angleterre et la Russie
X. L'assassinat de Nasser ed-Dinh Shah (1896)
A la mort de Mohammad Shah, le Prince Héritier Nasser ed-Dinh Mirza se trouvait sur à Tabriz. Il consulta les astrologues, choisit un date favorable, et la cérémonie du couronnement eut lieu à Tabriz au soir du 12 septembre 1848. Le Prince Héritier a, en effet, su gagner la sympathie du peuple d'Azerbaijan grâce à l'influence du Vice-Gouverneur Mirza Taghi Khan .
Pour couper court aux éventuels prétendants, la Reine Mère, Mahde Olia, assure la régence en attendant que son fils revienne d'Azerbaijan: c'est la première fois dans l'histoire de la Perse qu'une femme exerce le pouvoir suprême ! (et cela devrait servir de lecon a l'Occident!)

L'initiative de la Reine Mère s'est avérée judicieuse, puisque Molkara - le frère de Nasser ed-Dinh - tenta effectivement d'accéder au pouvoir. Il dut finalement s'exiler, sous la protection des Anglais, à Bagdad.
Le 18 septembre 1848, Nasser ed-Dinh Shah quitte Tabriz; il est accompagné d'une armée de 10,000 hommes et du Premier Ministre Nasser el-Molk. Il rentre en grande pompe à Téhéran le 19 octobre. Il pose la Couronne des Kayanides sur sa tête et s'assied sur le Trône du Paon. Mirza Taghi Khan, qui avait entre temps été nommé emir-e nezam (commandant de l'armée régulière), puis Grand Vizir, reçoit le titre d'Atabegh (titre très honorifique qui, à l'orgine, désignait les précepteurs des Princes de sang royal): toute décision administrative devra être confirmée par sa signature et son sceau. Mirza Taghi Khan sera connu dans l'Histoire sous le nom d'Emir Kabir.
La première tâche de Mirza Taghi Khan sera de rétablir l'ordre civil, sérieusement perturbé pendant la période d'interrègne: on se tue en plein jour dans les rues de Téhéran, les courriers et les voyageurs n'arrivent plus à destination, les nomades ne paient plus l'impôt et refusent d'obéir aux ordres du gouvernement central,...Mirza Taghi Khan prend les choses en main, et administre un remède de cheval au pays. Par exemple, des brigands qui avaient détroussé des passants à Téhéran furent maconnés vifs dans un mur, et seule leur tête dépasse; on attacha ensuite une corde autour de leur cou, laquelle corde était reliée à un attelage de chevaux. On fit partir les chevaux au galop, et les voleurs furent décapités. Par de tels procédés, l'Emir Kabir ramena l'ordre en quelques mois seulement.
Comme d'habitude, chaque fois que le souverain décède, il y a des troubles dans le Fars (souvenez-vous de Mohammad Shah !). Cette fois, le Gouverneur de la province, Nezam od-Doulah, avait envoyé un belle somme d'argent à la Cour du nouveau Shah. Mirza Taghi Khan - farouche ennemi du Gouverneur - empêcha que le cadeau soit accepté et renvoya le messager à Chiraz. Entendant cela, les habitants du Fars entrèrent en rébellion. Ils furent aidés par Haji Mirza Ghavam el-Molk, qui s'en alla recruter 15,000 mercenaires parmi les tribus du Fars. Entre temps, Nezam od-Doulah avait demandé qu'on lui envoie 2 détachements de l'armée régulière et 16 pièces d'artillerie.
Les nobles de la région se rassemblèrent et envoyèrent le message suivant à Nezam od-Doulah: " (...) Nous ne savons pas si le Shah de Perse considère encore Nezam od-Doulah comme notre gouverneur. La meilleure solution serait qu'il se rende à Téhéran et nous laisse seuls, de sorte que nous puissions obéir aux ordres du Shah. Si Nezam od-Doulah n'accède pas à notre demande, il sera la cible de nos tirs ". Nezam od-Doulah répondit évasivement, demandant d'abord trois mois de solde pour ses soldats et huit jours de délai. Ce qui fut accepté. Mais au bout de huit jours, Nezam od-Doulah n'était toujours pas parti, et la guerre civile éclata.
Alors, c'est le bordel! Les bâtiments du gouvernements se voient attaqués, mais les régiments de l'armée régulière se défendent avec bravoure et érigent des barricades sur les toits. Des brigands attaquent les entrepôts, mais les marchands parviennent à les repousser. Les soldats de l'armée régulière reprennent l'hotel de ville aux "snipers" de Chiraz à coups de canon et causent d'importants dégâts à l'édifice; les habitants érigent des barricades autour de tous les bâtiments officiels,...Alors, les doyens de la ville demandent à Aziz Khan - un militaire de haut rang - de venir négocier la paix avec eux. Ce dernier accepte, mais il est pris dans une embuscade. Il prend le dessus, et est sur le point de capturer les doyens de la ville. Cependant, Nezam od-Doulah croit son général en danger et ordonne à l'artillerie d'ouvrir le feu. Aziz Khan, au son des canons, court se réfugier derrière des barricades de l'armée régulière sans capturer personne.
Alors, Mirza Taghi Khan entendit ce qu'il se passait et envoya Amir Aslan Khan, le Page de la Cour, rétablir l'ordre. Mais, si la situation se calma quelque peu, il y eut encore pas mal de combats sporadiques. Alors, on envoya Ahmad Khan, le Chamberlan, s'occuper des troubles à Chiraz. Là, tout le monde se calma. Le Shah nomma alors son oncle, Bahram Mirza Mo'ezz od-Doulah, gouverneur du Fars. Ce dernier réduit au silence tous les rebelles de la province. Mo'ezz od-Doulah est alors remplacé par son frère, Firuz Mirza Nosrat od-Doulah.
1. Le Seyyed Yahya et l'épisode de Niriz
En novembre 1848, le Seyyed Yahya se rend à Fasa, apparemment dans le but de prêcher le Coran. Il s'est rapidement avéré que les interventions du Seyyed Yahya visaient, en fait, à prêcher le bâbisme. Lorsque le gouverneur de la ville, Agha Mirza Mohammad, se rendit compte de cela, il fit expulser le Seyyed Yahya et envoya un rapport à Chiraz.
Le Seyyed Yahya, qui errait depuis quelques temps, arrive alors à Niriz. La ville est en proie à une rébellion contre son Gouverneur, Haji Zein ol-Abedin. Le Seyyed Yahya convertit rapidement les rebelles à sa cause, et decide alors de mener une guerre religieuse - financée par le racket - contre Haji Zein ol-Abedin. Le Gouverneur se prépare donc à la bataille, mais le Seyyed Yahya parvient à capturer ses enfants. Les rebelles investissent alors la ville - esperant continuer sur leur lancée et bientôt envahir la Perse entière - tandis que Zein ol-Abedin court se réfugier dans le village voisin de Qatru, et informe Nosrat od-Doulah (le gouverneur du Fars) des événements. Ce dernier écrit au Premier Ministre Nasser el-Molk, lui demandant d'envoyer d'urgence le général Mehr Ali Shuja el-Molk avec un régiment de cavalerie, ainsi que l'Ehtemad os-Saltaneh avec deux détachements de soldats Garagozloo. Pendant ce temps, Zein ol-Abedin avait reuni 2000 guerriers de la région afin de reprendre la ville. Les deux armées font leur jonction à une vingtaine de kms de Niriz. Le siège est mis. Au bout de 5 jours, le Seyyed Yahya écrit sur un bout de papier " ce papier te protègera des balles ", et accroche ce papier à la ceinture de 300 soldats. Il les envoie effectuer une attaque nocturne. L'attaque échoue, ce qui mine le moral des assiégés. Après une autre bataille du même genre, le Seyyed Yahya commence à négocier. Il est recu avec les honneurs dans les tentes des assiégeants, passa une nuit comfortable, puis est exécuté le lendemain. Ses deux fils, encore trop jeunes, sont arrêtés et conduits chez leur grand-père.
2. Mehdi Goli Mirza et la guerre contre les bâbi
Mollah Hossein Boucheyri, le no 2 du Bâbisme, parvient à s'emparer d'une forteresse dans le Mazanderan. Bientôt, des foules se rassemblent autour du château pour entendre prêcher le Bâbisme. Ce qui irrite l'Emir Kabir, qui demande alors aux Khans du Mazanderan de partir en campagne contre les hérétiques. Mais les Bâbi remportent un grand nombre de victoires, ce qui énerve encore plus l'Emir Kabir.
Le général demande alors au Prince Mehdi Goli Mirza Kadjar - doté, pour l'occasion, de pouvoirs extraordinaires - de lever une armée et d'aller écraser les bâbis. Le Prince marche alors sur le château de Mollah Hossein Boucheyri et prend des mesures impitoyables contre tous les bâbis rencontrés en chemin. Un soir que le Prince loge dans le village de Daskesh, sa maison est prise d'assaut par les troupes de Mollah Hossein Boucheyri: deux Princes royaux et un conseiller d'Etat sont tués; Mehli Goli Mirza parvient à s'échapper in extremis - on l'a longtemps cru mort - et court se réfugier à Sari. La, les messages irrités que lui envoie l'Emir Kabir sont plus terribles de menaces que l'armée de Mollah Hossein Boucheyri toute entière: le Prince repart donc en campagne. Il tue Mollah Hossein Boucheyri lors d'une escarmouche, et vient assiéger son château. Beaucoup de bâbi meurent de faim, et on promet aux 214 survivants la vie sauve s'ils se rendent. Après avoir accepté la proposition, les 214 ex-survivants sont éventrés.
Au lendemain de cette victoire, des bâbis sont exécutés un peu partout dans le pays. Ce qui galvanise l'insurrection: les bâbis s'emparent de Zenjan, sous la conduite de Mollah Mohammad Ali. Ils sont assiégés et refusent de céder. Mollah Mohammad Ali, désespéré de voir mourir ses fidèles, se rend. A nouveau, les rebelles sont tous massacrés.
3. L'exécution du Bâb
Et l'Emir Kabir en a assez: l'incendie bâbi est en train de ravager le pays. Il lui faut la tête du Bâb. Ce dernier, qui avait été assigné à résidence à Chiraz, se voit transféré à Tabriz. Le Prince Hamzé Mirza, qui gouverne la ville, convoque le Bâb: dans la discussion, ce dernier tient tête aux Mollahs. Il devient, dès lors, évident qu'on ne pourra pas convaincre le Bâb de revenir à une conception plus traditionnelle de l'Islam. On décide donc de promener le Bâb, avec deux proches disciples, enchaînés dans les rues de Tabriz afin que les musulmans puissent les insulter. Un des disciples obtient sa grâce en crachant à la figure du Bâb et en le reniant. L'autre refuse de céder, malgré les suppliques de sa femme et de ses enfants. Alors, le Bâb et son disciples sont exécutés: on les pend aux remparts de la ville, et une troupe d'artificiers chrétiens est chargée de les fusiller. Le disciple est tué, mais la corde du Bâb casse. Ce dernier, après une spectaculaire chute, essaie de s'enfuir mais fonce droit sur le corps de soldats. D'un coup de sabre, le capitaine pourfend alors la tête du Bâb. Son corps sera promené dans la ville trois jours durant...
Les bâbi se choisissent un nouveau chef, qui s'en va prêcher dans tout le pays avant de se fixer à Bagdad - en territoire Ottoman. De la sorte, les bâbis se constituent en une puissants secte politique et religieuse, qui prédit la mort prochaine de l'Emir Kabir.
4. L'exécution finale des bâbi
Un beau jour de 1856, alors que Nasser ed-Dinh Shah se promenait à cheval, il rencontre trois de ses jardiniers, qui demandent à lui présenter une requête...Les jardiniers en question s'avèrent être des assassins bâbi: ils attrapent le souverain, essaient de le faire tomber de cheval, lui tirent dessus, le blessent...Les gardes royaux arrivent alors à toute allure, tuent un des jardiniers et capturent les deux autres
Le Premier Ministre, Mirza Agha Khan Nouri, décide alors de faire exécuter tous les bâbi. Tous les dignitaires, sur tout le territoire de la Perse, devront participer à cette opération. Les prisonniers sont d'abord, bien souvent, torturés. On les fait ensuite marcher jusqu'au lieu d'exécution. Les survivants y seront égorgés.
Le maire de Téhéran, Mahmoud Mirza, a recu la charge de garder Ghorret el-Ein. Il la traite avec respect, et elle est libre de circuler dans le harem à sa guise. Le Shah propose de la grâcier, si et seulement si elle renonce à sa foi. Mais Ghorret el-Ein est prête à mourir pour ses idées...Avant son exécution, elle prédit à Mahmoud Khan qu'il sera, lui aussi, exécuté sur ordre du souverain.
Le Fars, depuis l'accession des Kadjars au pouvoir, n'a cessé d'être un foyer de rébellions. Ses habitants avaient vu dans le bâbisme un nouveau prétexte pour marquer leur distance par rapport à la Cour de Téhéran: le Bâb était donc très populaire dans cette région.
Au beau milieu de la guerre contre les bâbis, l'Emir Kabir avait donc convaincu le Shah de se rendre à Ispahan pour tenter se rendre sympathique aux yeux de la population. Le cortège royal entre dans la ville, et l'Emir Kabir précède le Shah. Dans la foule, un curieux demande qui est le jeune homme juste derrière l'Emir Kabir...La réponse tombe dans l'oreille du Shah: " C'est son beau-frère" (NDLR: L'Emir Kabir était marié à la soeur du Shah et, de fait, était son beau-frère).
Après cet incident, le Shah commencera à prendre certaines distances par rapport à son Ministre. L'Emir Kabir feint de ne pas comprendre, mais va quand-même demander la protection de l'ambassadeur de Russie. Qui la lui accorde: il envoie une troupe de cosaques dans la maison de l'Emir Kabir, et annonce publiquement qu'il le défendra envers et contre tous. Nasser ed-Dinh Shah, ulcéré, fait savoir à l'ambassade de Russie qu'il exige le retrait des cosaques de la maison de l'Emir Kabir - sans quoi, il ira en personne les déloger. L'ambassadeur cède. Sur le champs, l'Emir Kabir est alors envoyé en résidence surveillée à Fyn. Sa femme, la soeur du Shah, décide de l'accompagner afin qu'on n'attente pas à sa vie.
A Téhéran, la Reine Mère Mahde Olia et l'Etemad-o-Saltaneh, un haut dignitaire de la Cour, s'activent pour obtenir la condamnation à mort de l'Emir Kabir. Par deux fois, le Shah signe le décret; par deux fois, il fait annuler la condamnation à mort. Un soir, après une longue entrevue avec l'Etemad-o-Saltaneh, le Shah signe un troisième décret. Le dignitaire, qui n'en peut plus d'attendre, fait immediatement dépécher deux bourreaux à Fyn, et prend le départ avec eux. Pendant ce temps, le Shah avait déjà changé d'avis...
Arrivé à Fyn, l'Etemad-o-Saltaneh apprend que l'Emir Kabir s'est rendu aux Bains. Ce qu'il n'avait plus fait, sur conseil de sa femme, depuis deux semaines...L'Etemad-o-Saltaneh entre dans la pièce et dit à l'Emir Kabir: "Seigneur, la volonté du Shah est que vous mouriez. Mais, par égard pour votre rang, il vous laisse le choix du supplice". L'Emir Kabir n'y croit pas, il demande à voir le décret. L'Etemad-o-Saltaneh se fait pas prier...Le général dit alors, très calmement: "Très bien. Qu'on m'ouvre les veines !". Une tenture bouge, les bourreaux entrent dans la pièce. Mais le Ministre fait un geste de dénégation: il ne veut pas mourir par la main de ces valets. Il demande à l'Etemad-o-Saltaneh son poignard, et se tranche lui-même les veines sans hésitation. Aujourd'hui encore, on montre aux visiteurs des tâches rouges sur le sol des bains de Fyn, dont on prétend qu'il s'agit du sang de l'Emir Kabir...
contexte: Pour celles ou ceux qui n'auraient pas lu la page sur Mohammad Shah, je me permets de rappeler que, en 1837, Mohammad Shah - le pere et predecesseur de Nasser-ed-Dinh Shah- avait voulu envahir l'Afghanistan. Seulement, les anglais etaient hostiles a cette idee car elle aurait debouche sur une frontiere commmune entre la Perse et l'Empire des Indes. Aussi, au moment ou Herat allait tomber, les britanniques envoyerent des navires puissamment armes au large de Bushehr. Comprenant l'avertissement, Mohammad Shah leva le siege de Herat...et les anglais, en reponse, s'en retournerent aux Indes
En 1852, le Khan de Herat demande à Nasser ed-Dinh Shah de le protéger contre des tribus de pillards afghans venus de Kandahar. Le Shah accepte aussitôt accepté et envoie une armée sous les murs de Herat.
La réaction de Londres ne se fait pas attendre (cf. la remarque ci-dessus) et le Shah signe, en janvier 1853 , un traité par lequel il abandonne toute suzeraineté sur Herat et l'Afghanistan.
Mais, à l'automne 1856, l'émir de Kaboul attaque et dépouille l'émir de Kandahar. Nasser ed-Dinh Shah juge l'occasion trop belle: il envoie son oncle, Hosam os-Saltanah Morad Mirza, camper sous les murs de Hérat...Ce dernier, grand stratège, prend la ville rapidement. L'ambassadeur d'Angleterre, outré, fait ses bagages. Il est bientôt suivi de l'ensemble des ressortissants britanniques.
Le 2 décembre 1856, une trentaine de navires de guerres anglais jettent l'ancre dans la baie de Bushehr. Leur commandant est le lieutenant-général de l'Armée des Indes, Sir James Outram. Le corps expéditionnaire est impressionnant: 2270 fantassins anglais, 3400 soldats indiens, 3750 hommes de forces auxiliaires, et 1150 chevaux. L'armée du Shah, elle, était en train de livrer combat en Afghanistan (donc loin !). Bushehr était gardée par le seul Mohammad Ali Khan, et ses 3 détachements. Pour tout arranger, Mohammad Ali Khan meurt 4 jours seulement après l'arrivée des anglais, laissant ses soldats sans chef.
Le maire de la ville envoie alors à Téhéran le message suivant "Les anglais ont jeté l'ancre à moins d'un kilomètre de la côte et ils sont prêts à la bataille. Nous n'avons ni armée digne de ce nom, ni même la permission du gouvernement de faire la guerre". En catastrophe, le Premier Ministre depeche 1 détachement de fantassins et 1000 cavaliers, tous qashqa'i, ainsi que 4 pièces d'artillerie dans la région. le 6 décembre, c'est Shuja ol-Molk lui-même (le Gouverneur du Fars) qui quitte Chiraz pour faire la guerre aux anglais: il est accompagné de plusieurs détachements d'infanterie (dont un détachement spécial de troupes d'élite), d'une centaine de cavaliers, de 4 pièces d'artillerie et d'un mortier.
A ce moment, les anglais font parvenir au gouverneur de Bushehr ce message: "Nos bateaux et nos canons restent aux environs de Bushehr. Il est en notre pouvoir de réduire la ville en cendres et de disperser ces cendres au gré du vent. Vous avez jusqu'à demain pour évacuer les femmes, les enfants et les marchands. Si ces derniers, néanmoins, restent en ville, nous leur conserverons la vie sauve à condition que vous baissiez le drapeau de la Perse. Si vous obéissez, nous ne leur ferons pas de mal et nous respecterons leurs familles et leurs propriétés. Nous exigeons que vous nous transmettez tout le matériel militaire militaire de l'arsenal. D'autre part, la garnison de la ville doit nous rendre ses tambours, drapeaux et trompettes. Les officiers doivent nous rendre leurs épées et leurs grades et ils seront ensuite libres d'aller où bon leur semble, puisque nous faisons la guerre au gouvernement de Perse, pas aux serviteurs du Dieu Tout-Puissant".
Le gouverneur, qui n'avait pas la permission de faire la guerre, devint désespéré...Il passe outre les ordres, et envoie Baqer Khan investir la vieille forteresse désafectée de Bahman avec 400 tireurs. Le 7 décembre, les anglais débarquent avec 30 pièces d'artillerie et 8 détachements de soldats. Dès le lendemain, ils arrivent aux environs de la forteresse de Bahman. Baqer Khan, malgré son évidente infériorité numérique, livre une bataille héroique. A la tombée du jour, la forteresse est toujours aux mains des Baqer Khan: 740 soldats et 50 ingénieurs anglais avaient peri dans la bataille. Le bruit court meme que, parmi les victimes, figurait aussi le commandant en chef des anglais. Les marins anglais ouvrent alors le feu, tuant le fils aîné de Baker Khan. C'est alorsla débandade: dès le 8 décembre, la forteresse tombe aux mains des anglais. Outram, leur commandant en chef, demanda alors au gouverneur de Bushehr soit de se rendre, soit de se préparer pour la bataille.
En 4 heures, les anglais prennent la ville à la faveur de la confusion générale. Les soldats loyalistes sont désarmés et peuvent quitter la ville à leur guise. Otram fait alors régner les lois de Sa Grâcieuse Majesté, la Reine Victoria dans la ville. Entre autres, il désarme les citoyens, abolit l'esclavage, la vente ou l'achat de "liqueurs intoxiquantes", accorde la liberté de culte et ordonne aux commercants de se remettre au travail. Il installa une garnison de 2000 soldats et place 60 canons sur les remparts.
Shuja ol-Molk, le gouverneur du Fars, pique évidemment une colère des plus noires. Il rassembls la plus grande armée possible (l'armée régulière étant toujours en Afghanistan). A Téhéran, le Conseil des Ministres appuie cette initiative et envoie tout ce qui est possible d'envoyer. Shuja ol-Molk s'en va donc camper à Borazjan et y reste un mois, rassemblant le plus de troupes et de matériel possible. Les anglais, pendant ce temps, s'étaient aventurés à l'intérieur des terres et préparaient une attaque nocturne sur le camp de Shuja ol-Molk. Mais, le soir de l'attaque, il pleut a torrents... Shuja ol-Molk eut alors l'idee desastreuse de procéder comme Hannibal: vider le camp et le réattaquer lorsque l'ennemi s'installerait. Helas, les anglais sont mis au courant et on frôla le désastre. Ce qui sauva Shuja ol-Molk fut la désobéissance de ses troupes, qui se jetèrent férocement sur les anglais, oubliant toute notion de danger ou de stratégie...Ainsi, malgé une supériorité numérique de 5 contre 1, les anglais durent se replier sur Bushehr, perdant 1500 hommes dans la bataille (contre 600 soldats du Shuja ol-Molk) et abandonnant la majorité de leurs bagages.
C'est alors qu'arriva le Général en Chef de l'Armée de Perse, le Prince Amir ol-Omara Kadjar. Il rallia les nobles du Fars et les chefs des diverses tribus à sa cause, et recruta ainsi un peu moins de 8000 hommes. Cette armée s'en alla assiéger Bushehr, mais rien ne se passa.
Le 3 mars 1857, grâce aux médiations de Farrokh Khan, un Traité de Paix put être signé à Paris: les troupes du Shah évacueraient Herat, tandis que celles de Sa Grâcieuse Majesté quitteraient Bushehr. En outre, Nasser ed-Dinh Shah se voit contraint de reconnaître l'indépendance de l'Afghanistan, ou plutôt son passage sous protectorat anglais (si quelqu'un lit ces pages, qu'il m'explique pourquoi Nasser ed-Dinh Shah n'a pas rassemblé son armée entière - à peu près 100,000 hommes et plus de 300 canons si mes calculs sont bons - pour aller écraser les anglais à Bushehr, quitte à revenir plus tard en Afghanistan mais à se payer une solide guerre contre les troupes de Sa Grâcieuse Majesté ?). Le rêve de reconstruire le grand Empire Safavide tombe à l'eau...
En 1858, le Shah décide de confier le gouvernorat du Fars à son oncle Hosam os-Saltanah (le général victorieux qui avait pris Herat deux ans plus tôt). Après quelques guerres civiles et autres épidémies, ce poste est à nouveau confié, en 1860, à Tahmasp Mirza Mo'eyed od-Doulah (qui avait déjà gouverné la province entre 1852 et 1853).
En 1862, le Shah nomme Mozaffar ed-Dinh Mirza, son fils, au rang de Prince Héritier.
En outre, la même année, il nomme son grand-oncle Zell os-Soltan (le fils de Faht Ali Shah) au poste de gouverneur du Fars. Le Prince réorganise la province, mais une rébellion éclate (encore !) en 1865 et Hosam os-Saltanah se retrouve à nouveau gouverneur du Fars. Il pulvérise les rebelles: il fait pendre le corps de leur chef pendant deux jours et deux nuits. En 1870, Soltan Mas'ud Mirza Zell os-Soltan (le fils aîné du Shah) reprendra les rennes du Fars.
On l'aura compris, le gouvernement du Fars changera encore maintes fois de mains. Il faut dire que cette province rebelle se considère comme la "vraie" Perse, et a beaucoup de mal à accepter les ordres de Téhéran et des souverains Kadjars - Turcomans, venus du nord...
Dès 1851, Nasser ed-Dinh Shah et l'Emir Kabir avaient compris que la Perse devrait compter sur une armée puissante si elle comptait ne pas se faire manger tout cru par les puissances occidentales - l'Angleterre et la Russie (Abbas Mirza avait eu, en son temps, la meme analyse). L'Emir Kabir avait donc fondé le dar al-founoum, école polytechnique qui allait devenir l'ancêtre de l'Université de Téhéran. Ses instructeurs étaient principalement composés d'officiers de l'Empire d'Autriche-Hongrie.
Nasser ed-Dinh Shah sait également qu'il faut diversifier ses appuis, et il demande à diverses nations européennes de fournir des instructeurs à son armée. Cependant, découragés, ils s'en iront les uns après les autres...sauf les russes, qui tiendront bon, et créeront la Brigade des Cosaques du Shah - le régiment le plus brillant de l'Armée de Perse. Malheureusement, ce régiment deviendra vite un instrument aux mains du Tsar pour la poursuite de sa stratégie politique en Perse.
Le premier système postal de l'histoire de la Perse fut fondé par Cyrus le Grand au VIe siècle av. J.-C. Ce système avait peu à peu disparu, et rien n'était venu le remplacer.
Un essai de poste régionale moderne fut lancé par Abbas Mirza au début du XIXe siècle en Azerbaijan, mais il ne couvrait pas l'entièreté du pays.
Le 12 février 1851, l'Emir Kabir annonce la création d'un système postal national. Le texte du décret va comme suit: " En vue d'harmoniser le système postal et d'y mettre de l'ordre, il a été décidé d'édifier des bureaux de postes à Téhéran et en province; tout marchand désireux de transmettre du courrier par la poste devra apporter ce courrier au bureau de poste et le laisser au postier le jour du départ du courrier. A l'arrivée du courrier, quiconques attend une lettre pourra venir la chercher, afin d'éviter tout retard. Néanmoins, à cause du mauvais temps et de l'enneigement excessif [ NDLR : nous sommes en février et la Perse est un pays fort montagneux ], la mise en place de ce service est postposée jusqu'au 1er août, lorsque le temps sera redevenu meilleur. " Un peu plus tard, Shafi Khan est nommé responsable des postes.
Le tarif pour le courrier intra-persan est fixé à 5 Shahis pour une lettre, et 1000 Dinars (ou 20 Shahis) pour 5 lettres ou plus contenues dans une même enveloppe.
Dans les années 1860, Nasser ed-Dinh Shah s'inquiète de savoir comment fonctionne la poste en Europe. Il apprend, notamment, l'existence d'un système de timbres; il voudrait importer un tel système en Perse. L'artiste francais A.M. Riester est mis au courant des démarches de Sa Majesté, et propose un essai de timbre aux armes de la Perse (le lion et le soleil). Cet essai, bien que mis à l'honneur sur les Champs-Elysées à l'époque, fut rejeté par le gouvernement de Perse.
A la place, Téhéran demanda à Albert Barre - célèbre graveur français de l'époque - de créer des timbres pour la Perse. Ces timbres sont présentés ci-dessous:

On y voit le lion, symbole de puissance, de profil. Le lion tient, en sa main droite, un sabre: c'est le sabre d'Ali (le gendre du Prophète, premier Imam Shi'ite), symbole de la justice. On voit également le soleil, qui est une réminescence Zoroastrienne, symbole de Ahura Mazda - donc de lumière, de pureté, de bonté et de bonne fortune.
3. Organisation du travail du gouvernement
En 1867, le Shah organise la semaine de travail du gouvernement selon le plan suivant:
4. Réformes civiles et judiciaires
Le 30 septembre 1871, le Shah nomme Haji Mirza Hosein Khan "Sepah-Salar" au poste de Premier Ministre.
Le Sepah-Salar avait déjà quelques belles réalisations à son actif. Il avait notamment fait construire le madresseh, la plus belle école de théologie de Téhéran.
Haji Mirza Hosein Khan ne perd pas de temps: il écrit immédiatement une lettre aux gouverneurs des différentes provinces. Il leur explique que le pays ne prospèrera qu'en éliminant la cupidité et l'avidité des potentats locaux. Il menace, ensuite: les gouverneurs se sont trop longtemps crus au-dessus des lois, mais ceux qui opprimeraient leurs sujets se verront dorénavant sévèrement punis ! Le Shah a lui-même décrété le 7 janvier 1872 qu'il "détruirait les possessions, la vie et l'existence de tout gouverneur qui opprimerait ses sujets en fixant des taxes plus élevées que celles décidées en concertation à Téhéran, de tout gouverneur qui exigerait quoi que ce soit de n'importe quelle autre manière; les officiers qui se comporteraient de manière tyrannique vis-à-vis de leurs subalternes, qui oseraient ponctionner sur leurs salaires ou leurs rations, subiront le même sort !"
En 1874, on nomma - en tout cas pour le Fars - un "Coeur de la Justice", une personne chargée de régler toutes les affaires judiciaires et à qui tous ceux qui se sentiraient lésés pourraient envoyer une pétition. Chaque semaine, les pétitions seraient soit réglées localement, soit envoyées au gouvernement central de Téhéran. Ceci correspond à l'éthique politique persane selon laquelle chacun devrait librement pouvoir avoir accès à ceux qui dirigent l'Etat.
1. Le pélerinage en terre Ottomane (1870-1871)
Jamais aucun Shah de Perse ne s'était déplacé en terre Ottomane en temps de paix. Nasser ed-Dinh Shah fut le premier à réaliser ce voyage.
Le 17 septembre 1870, Nasser ed-Dinh Shah part en pélerinage en Irak. Il est accueilli avec le plus haut respect par tous les Pachas de l'Empire Ottoman, réunis pour l'occasion. Escorté par une armée impressionnante, il accomplit le pélerinage de Kazemein (une petite ville au nord de Bagdad, où sont enterrés Musa ol-Kazem et Mohammad Javad, respectivement les 7e et 9e Imams Shi'ites ). Il alla également se recueillir sur la tombe d'Abu Hanifa (fondateur du rite Hanifite) à Bagdad. Le Shah se rendit alors à Karbala où il visita d'abord le sanctuaire de l'Imam Hosein (héros du shi'isme, massacré par les Omeyyades) . Ensuite, il fit le voyage de Najaf et y rendit hommage au sanctuaire d'Ali (le 4e Imam, gendre du Prophète). Rempli d'humilité, il refit alors ses pélérinages en sens inverse et rentra à Téhéran le 22 février 1871.
2. Le premier voyage du Shah en Europe (1873)
En avril 1873, Nasser ed-Dinh Shah décide de se rendre en Europe. D'une part, il tient à visiter l'Exposition Universelle; d'autre part, il veut rencontrer ses puissants alliés, Rois et Empereurs européens.
L'événement n'est pas anodin, puisqu'il s'agit du premier voyage d'un souverain persan en Europe.
Nasser ed-Dinh Shah Kadjar est recu avec un faste inégalé par Mac-Mahon (qui, pour rappel, était monarchiste): l'arc de triomphe est recouvert de tentures aux armes de la Perse, et le Lion-et-Soleil de la Perse sont représentés en sculpture à son sommet. Impressionné, le Shah offre son épée à Mac-Mahon en guise d'hommage.
3. Le deuxième voyage du Shah en Europe (1878)
Au printemps 1878, Nasser ed-Dinh Shah décide de se rendre une nouvelle fois en Europe, afin d'y apprendre les nouvelles lois en vigueur, lois destinées à développer les pays d'Europe et à assurer paix et prospérité à leurs habitants.
Il commence par visiter le Tsar Alexandre II à Saint-Petersbourg. Le premier juin, il arrive à Berlin, pour rencontrer le Kaiser Guillaume Ier. La prochaine étape est à Baden-Baden, deux jours plus tard. Une semaine plus tard, le Shah débarque à Paris, où il logera au Grang Hotel et rencontre à nouveau le Président Mac-Mahon. Il passera 22 jours à Paris.
Le Troisième voyage du Shah en Europe (1889)
En 1889, le Shah se rend pour la troisième et dernière fois en Europe. Il tient à visiter l'Exposition Universelle à Paris. Il sera d'ailleurs le seul souverain étranger à réhausser l'événement de sa présence. Il montera même en haut de la - toute neuve - Tour Eiffel...
Dans la partie de monopoly mondial que se livrent l'Angleterre et la Russie au XIXe siècle, la Perse occupe une place stratégique. Elle est aux marches des deux Empires, conditionnant l'accès à l'Océan Indien pour les russes et assurant l'approvisionnement et la sécurité de l'Empire des Indes pour les anglais...
La clef de l'indépendance de la Perse passe par des finances solides et autonomes, pour que l'Empire puisse assumer lui-même sa modernisation. Ceci présuppose une réforme financière et fiscale, quasiment impossible. Mais il faut quand-même trouver des fonds...
Alors, Nasser ed-Dinh Shah tentera de monnayer les avantages accordés à l'une ou l'autre des puissances, tout en tentant de maintenir l'Angleterre et la Russie sur pied d'égalité. De la sorte, les deux Empires se regarderaient en chiens de faience, et laisseraient la Perse prospérer et de développer. Du moins, l'espérait-il...
Dès 1872, Nasser ed-Dinh Shah accorde une concession au Baron Julius de Reuter. Les russes font annuler la concession dès l'année suivante. Cette concession - destinée à doter la Perse de chemins de fer, de routes, de canaux et d'une Banque Nationale - sera finalement réaccordée en 1889.
Une autre société anglaise se vit confier le monopole d'émission de billets de banque en Perse, plus des missions bancaires usuelles (crédit, change,...), en 1890. Ainsi commenca la construction d'un système bancaire moderne en Perse. En échange, un sujet russe se voit accorder une concession pour une banque de crédits sur hypothèques immobilières....
En 1890 toujours, Nasser ed-Dinh Shah concède un monopole pour la vente et l'exportation du tabac à une société britannique. Le clergé déclare une telle concession impie, et le Shah se voit oblige de l'annuler. Pour payer les dédommagements, il devra contracter un emprunt de 500,000 livres auprès de la Banque Impériale de Perse, cause première de l'endettement de l'Etat Perse...
En ce qui concerne les chemins de fers, c'est le même genre de désastre. Une vingtaine de kms avaient été concédés - entre Téhéran et Shah-Abdol-Azim - à une société belge. Depuis lors, les russes avaient obtenu un droit de préemtion sur tout nouveau contrat de construction de chemin de fer en Perse. Résultat: plus de nouvelles voies ferrées...
Les routes ne sont pas en meilleur état. Les seules voies carrossables sont entre Téhéran, Qom et Qazvin. A la fin de son règne, Nasser ed-Dinh Shah accordera des concessions pour la construction de nouvelles routes, mais les travaux seront lents, trop lents...
Tout n'est cependant pas si sombre: Nasser ed-Dinh Shah parvient à faire équiper le pays d'un réseau télégraphique performant . Ce qui lui permet de mieux contrôler le pays.
Cette politique "funambule", qui finira par se retourner contre la Dynastie Kadjare, permet quand-même au pays de prospérer. Des écoles sont créées partout - tant catholiques ou juives que musulmanes -, les marchands font fortune et le clergé se voit largement subventionné. Résultat: les villes saintes du Shi'isme, Najaf et Kerbela, - pourtant situées en terre Ottomane - voient les toits de leurs mosquées recouverts de briques d'or par l'intervention du clergé de Perse.
A Constantinople, vivait un religieux pas comme les autres: Jamal ed-Dinh Asad-Abadi. Il avait voyagé en Europe (où il avait rencontré Renan), et avait cherché à transposer dans le monde musulman certains concepts occidentaux.
En 1886, Nasser ed-Dinh Shah avait invité ce personnage à Téhéran. Le souverain espérait qu'un tel religieux pourrait l'aider dans ses tentatives de réforme de la société persane. Mais Asad-Abadi préconisait des mesures bien trop radicales pour l'époque, notamment l'instauration d'un parlement et d'une monarchie constitutionnelle (20 ans plus tard, pourtant, le pays se dotera d'un tel régime). Le religieux se voit contraint de retourner à Constantinople en 1891.
En 1896, Mirza Reza Kermani - un habitant de Téhéran - avait eu à se plaindre de son gouverneur Karman Mirza Kadjar, le fils favori de Nasser ed-Dinh Shah. Mirza Reza Kermani, visiblement très fâché, s'en alla alors à Constantinople pour demander à Asad-Abadi la permission d'assassiner le gouverneur Kamran Mirza (i.e. qu'un tel crime soit absout par les autorités religieuses). La réponse du religieux fuse: " Il est vain de s'attaquer au fruit: c'est l'arbre qu'il faut détruire ".
Au mois de mai 1896, le souverain effectua un pélerinage au sanctuaire de Shah-Abdol-Azim. Le Shah aimait les bains de foule, et refusait toute mesure de sécurité qui l'éloignerait de son peuple. Il traversa donc la foule, comme il l'avait toujours fait, et alla se recueillir. A ce moment, arrive Mirza Reza Kermani - porteur d'une pétition. Le Shah accepte d'examiner la demande. Tout en présentant le papier au souverain, Mirza Reza Kermani brandit un révolver et tira à bout portant sur le Shah. Immédiatement, l'assassin fut arrêté et on entoura le Shah d'un opaque corps de soldats afin que le peuple ne se rende pas compte de l'événement.
Tout le monde comprit immédiatement que Mirza Reza Kermani n'était qu'un instrument aux mains d'intérêts plus puissants. On accusa tantôt le Sultan Ottoman, tantôt Jamal ed-Dinh (le chef religieux était en effet devenu pan-islamiste, c'est-à-dire qu'il prônait la réunion de tous les musulmans sous l'autorité unique du Khalife, le Sultan Ottoman). Voici un extrait de l'interrogatoire de Mirza Reza Kermani:
Question: Vous n'avez pas mentionné les instructions que vous avez, dit-on, reçues de Constantinople.
Réponse: Je n'ai reçu aucune instruction particulière, mais les opinions du Seyyed Jamal ed-Dinh sont connues et on sait ce qu'il dit. Il dit que Nasser ed-Dinh Shah est un tyran et des choses comme ça !
Question: Et vous, comment en êtes vous arrivé à l'idée d'assassiner le Shah ?
Réponse: Il n'y a pas besoin de comment ! Du fait des chaînes dont j'ai souffert injustement, des coups que j'ai reçus au point que, pour en finir, je me suis ouvert le ventre. Moi, qui n'ai voulu servir que le bien commun, j'ai été enchaîné quatre ans et quatre mois...
Cependant, il était de notoriété publique que c'est contre le Prince Héritier que la haine de Mirza Reza Kermani s'était initialement déchaînée. L'interrogatoire se poursuit donc:
Question: (...) Pourquoi ne pas l'avoir tué lui (le Prince Héritier) et avoir assassiné le Shah à sa place ?
Réponse: J'ai pensé que si je tuais celui-là, Nasser ed-Dinh Shah, avec toute la puissance qui est la sienne, ferait exécuter des milliers de personnes. Il fallait donc abattre le tronc despotique lui-même, au lieu de s'en prendre aux branches. Voilà ce qui m'est venu à l'esprit, et voilà pourquoi j'ai agi.
Des funérailles somptueuses sont organisées peu après, et Nasser ed-Dinh Shah sera enterré dans le sanctuaire de Shah-Abdol-Azim, à l'endroit même où ce crime atroce avait été perpétré.